Le Zimbabwe apparaît aujourd’hui, dans l’imaginaire public comme étant un pays meurtri par son passé, corrompu et tourmenté. Cette image que nous avons n’est pas surprenante, si nous regardons un peu son histoire, mais est pourtant loin de la réalité. J’ai passé près de 3 semaines à parcourir le pays, entre les réserves naturelles, les sites historiques et les grandes villes, voici ce que j’ai pu y voir.

 

A l’instar de son voisin le Botswana, le Zimbabwe à été usé et abusé par Cecil Rhodes et la British South Africa Company. Après avoir récolté les minéraux précieux du pays, les anglais prirent contrôle du pays en exécutant le roi et le renommèrent « South Rhodesia » ou le Zambèze du Sud. Entre 1895 et 1914 près de 25 000 européens migrent dans ces lieux.

 

J’arrive au Zimbabwe par la Zambie, par les chutes Victoria, une des plus célèbres attractions du pays et de l’Afrique. En leur fonction de frontière naturelle entre la Zambie et le Zimbabwe, les chutes Victoria attirent plusieurs millions de touristes en provenance du monde entier. Aucun doute là-dessus, les chutes sont impressionnantes. Si en Zambie, j’ai pu me baigner dans la « piscine du diable » et jouir d’une vue incroyable du haut des chutes, il est vrai que depuis le Zimbabwe on dispose d’une vue globale sur ces trombes d’eau. Les chutes victoria sont les plus grandes chutes d’eau aux mondes et font parties des 7 merveilles naturelles, en compagnie de la Table Mountain ou bien de la grande barrière de Corail.

 

En période sèche, c’est une chose très appréciable que de pouvoir se mouvoir à pied et d’admirer les chutes, ces cascades qui s’écrasent sur le sol. En période de pluie, une brume s’empare de la zone, il est donc impossible de vraiment se rendre compte de la beauté des lieux et de même prendre de belles photos. Enfin, c’est canon.

Un référendum s’organise en 1922 afin que le pays devienne une colonie qui s’autogère, mettant les blancs sur un piédestal, en leurs adjugeant les meilleures terres. S’en suit un grand conflit racial. En 1964, la guerre d’indépendance arrive et de nombreuses personnes perdent la vie. Un ralentissement arrive en 1974, plusieurs personnes sont relâchées de prison, dont un certain Robert Mugabe.

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Hwange se situe à l’Ouest du pays et est l’un des plus grands parcs naturels d’Afrique Australe. Le parc de Hwange est un rendez-vous de la nature où sont présent près de 100 mammifères différents dont les rhinocéros noirs ou les éléphants et est censé regrouper l’une des plus importantes populations de léopards d’Afrique, enfin, censé… Nous avons passé plusieurs jours dans la réserve, à scruter les alentours afin d’identifier des traces d’animaux. Nous sommes tombés sur une paire de lion, majestueux. Plus tard, nous ferons le rapprochement, c’était Cecil et Jéricho, oui les lions qui ont été traqués pour une partie de chasse. Cecil fut exécuté. Une nuit nous nous sommes également fait approcher par une hyène pendant notre sommeil. Hwange est l’une des meilleures réserves où observer la savane, une grande diversité et une quiétude qui s’empare des lieux, c’est incroyable, surtout le matin.

Après l’indépendance en 1979, Mugabe accède à la présidence en 1980 et ne la quittera plus. L’accès de Mugabe aux hauteurs du gouvernement sert uniquement à opposer deux factions, les ZANU et ZAPU, qui se tire la bourre dès le début. Des dizaines de milliers de civils seront massacrés. Mugabe sort vainqueur.

Après Hwange, nous reprenons la route pour nous diriger vers l’est et le parc national de Matobo. Matobo est connu pour deux choses : ces montagnes lunaires et pour sa population de rhinocéros. De tous les parcs, celui de Matobo est sûrement celui qui offre le plus de contraste, paysages sculptés depuis des millions d’années par le vent et la chaleur. Les roches tiennent aujourd’hui en équilibre et s’élèvent des plaines herbeuses. C’est certainement pour ça que Matobo fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco.

 

Nous avons pu constater la beauté des lieux après avoir élu domicile dans notre lodge et être montés dans les hauteurs afin de voir le coucher de soleil. Le lendemain nous nous levons afin d’effectuer un safari à pied, à travers la savane. Incroyable que d’évoluer dans le monde animal et que de se réveiller avec la faune. Les troupeaux de zèbres et de gnous s’enfuient dans un vrombissement, au fur et à mesure que le bruit des sabots s’éloigne, la savane retrouve son calme.

 

A cette occasion nous avons pu observer une famille de rhinocéros entrain de se nourrir dans une prairie. Le petit suis sa mère à la hâte. Il n’y a rien de plus calme que de contempler ces animaux dans leur milieu naturel, simplement les regarder manger. Une chose notable, les rhinocéros ne dispose pas de cornes, elles leurs ont été enlevées. Une mesure prise pas les autorités afin de couper l’herbe sous le pied aux braconniers qui n’hésitent pas à tuer ces monstres préhistoriques.

Le parc de Matobo constitue notre dernier safari à tous, je clôture donc près de 2 mois à vadrouiller dans les réserves à la recherche de la moindre âme qui vive. Souvent sans rien voir mais toujours avec l’excitation et l’émerveillement lorsque nous rencontrons un animal. Honnêtement, c’est incroyable.

En 1999, un groupe nommé Movement for Democratic Change (MDC) se crée dans l’espoir de faire bouger les choses. Mugabe essuie son premier revers et répond naturellement avec la violence.

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Nous continuons toujours vers l’est afin de rejoindre un lieu historique, les ruines du Great Zimbabwe, l’ancêtre du pays et l’endroit où un empire prospère avait élu domicile. Le Great Zimbabwe était une capitale religieuse et politique qui exerçait son pouvoir sur les voisins du Botswana, du Mozambique et de l’Afrique du Sud. Une première fois occupé au 11ème siècle, le Great Zimbabwe s’est éteint au fur et à mesure du temps en raison du manque de ressources, trop de gens pour trop peu de vivres… Intéressant comme histoire.

 

Le Great Zimbabwe est un stop inévitable à faire dans le pays, non pas que les lieux soient incroyablement beaux ou majestueux, même si le « château » et la « ville » construits à même la roche et parfaitement intégrés sont très plaisants, mais simplement parce que il y a trop peu d’endroits comme celui-ci en Afrique Australe. Pouvoir apprendre sur les ancêtres et les anciennes cultures est aussi une chose que l’on doit faire quand on visite un pays, surtout le Zimbabwe qui dispose d’un passé récent compliqué. Un must to do.

 

En 2000, Mugabe commence son plan de propagande en s’emparant de la télévision, de la radio et de la presse. Les deux élections qui suivent sont entachés de « disparition » des candidats MDC, par l’intimidation par la famine et par la diffusion d’un million de vote fantôme.

 

L’un de nos derniers stops avant de se séparer se situe à la frontière entre le Mozambique et le Zimbabwe, dans le parc de Chimanimani, oui un nom bien sympathique. Aucune voiture n’est admise, c’est à la force des jambes qu’il faut grimper dans les hauteurs, parcourir les plaines et monter en haut des cascades. Chimanimani constitue une véritable bouffé d’air frais, c’est un endroit calme où la nature est complètement vierge de l’empreinte de l’homme. Nous avions élu refuge dans une cabane sur un plateau, en face des sommets. Le feu dans la cheminé, les trombes d’eau qui tombaient dehors nous avaient fait passer une soirée des plus agréable.

La nuit il est nous est été donné de voir des lumières au loin. Les gardes du parc qui sont à la recherche des migrants désirant rentrer au Zimbabwe. Comme quoi, tous les pays sont touchés.

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D’un point de vue économique, le Zimbabwe est au plus mal, le pays souffre d’une hyper inflation avec un taux de plusieurs milliards de pourcent d’inflation (à peu près 7,000,000,000,000,000,000,000%). Les habitants allaient littéralement acheter du pain avec des brouettes de billets. On pouvait trouver des billets d’un milliard à l’époque. C’est en 2009 que le Zimbabwe passe officiellement au dollar US. Avant c’était un crime que d’utiliser cette monnaie.

 

Pour nos derniers moments, nous nous arrêtons à Harare, la capitale du Zimbabwe. Il n’y a rien de spécialement notable dans la ville, nous avons passé une soirée dans un bar de la capitale à écouter des artistes locaux et à manger des pizzas avec les jeunes fortunés. Une ambiance sympathique que l’on peut facilement retrouver dans des bars de Paris. J’avais entendu bons nombres de choses négatives sur la ville, à l’instar de Johannesburg, Harare semble souffrir de graves problèmes de sécurité et de corruption. Il est vrai que je ne l’ai pas explorée au maximum, cependant, ce que j’y ai vu n’a rien d’effrayant. Oui, la ville est pauvre, mais en discutant avec des locaux, la situation s’améliore et l’on y gagne en sécurité. On trouve même des pancartes « Mugabe dehors ». Fou.

 

Après trois semaines passées au Zimbabwe j’ai pu me faire une certaine idée du pays. Entre parcs, réserves, montagnes ou histoire, le Zimbabwe dispose d’une diversité de paysages qui rend son exploration intéressante. Bien moins cher par rapport aux connus Tanzanie et Kenya, les safaris du Zimbabwe, au même titre que les botswanais, sont des alternatives très sérieuses pour les amoureux des animaux et valent le coup d’œil.

 

Cependant, ce qui est le plus important à dire aujourd’hui est que le pays commence à réellement sortir de ses années les plus noires. Depuis près de 10 ans, le pays s’ouvre au monde et prend conscience de ses richesses, l’économie reprend du poil de la bête et de nombreux investissement sont réalisés sur les infrastructure. Bien qu’il existe encore beaucoup de corruption, le Zimbabwe n’est plus ce pays en grande difficulté, il faudra beaucoup de temps pour vraiment laisser derrière ses récents déboires, aujourd’hui le pays devient, pour ma part, l’un des meilleurs endroits où voyager, encore faut-il se lancer.

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