Au lire de mes précédentes escapades et autres expériences partagées avec vous, africanophiles dans l’âme, ma nationalité ne fait assurément plus aucun doute. Mais s’il y a bien une chose dont je puisse être plus fier que d’être camerounais, c’est d’être SAWA. « Dùala », plus précisément.

Ethnie dite « de l’eau », natifs originels de la ville qui porte notre nom (oui, car c’est elle qui nous a copiés, lol), un qualificatif revenant très souvent à la mention d’un Dùala : « Elégance ». Bon, « vantards » aussi, mais ce n’est pas très important du coup.

Je vous invite aujourd’hui à (re)vivre avec moi, THE fête traditionnelle chez les miens. La fête traditionnelle SAWA qui chaque premier dimanche de Décembre rassemble tout le peuple en seul, j’ai nommé le NGONDO. Et je vous le dit tout de suite, un guide en « Sanja » noir (pagne traditionnel en langue Dùala), ça se respecte !

Sous un soleil on ne peut moins clément, se tenait ce dimanche-là comme l’exige la tradition, l’annuelle cérémonie du Ngondo. S’agissant d’un évènement phare de la ville de Douala, imageant à chaque fois plus fort sur la solidarité et l’union du peuple Sawa en cette célébration, son intérêt ne saurait être sujet à quelque doute que ce soit.

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Comme toujours, c’est la célèbre esplanade sur les berges du fleuve Wouri qui accueillera la horde de festivaliers, venus de tous les horizons, arborant leurs plus beaux ensembles « Sanja/Chemise » pour les hommes, et « Kaba’a Ngondo » (désignant les robes en pagne traditionnel, qu’arborent les femmes en ce jour de fête), sur le modèle de l’étoffe choisie  pour cette année-là. Tous se dirigent vers le bord du fleuve, où sont installées sous des chapiteaux les autorités traditionnelles (chefs de cantons, notables, gardes royaux, etc.), ainsi que les civils chanceux (bon, à l’heure surtout).

Sur le trajet, comme il faut s’y attendre, les commerces s’enchainent, le capharnaüm musical … classique.

 

Pour le plus grand plaisir de nous pèlerins, un spectacle varié nous est offert sur le site de la célébration : Des prestations de danses traditionnelles : « Ambassi Bey », « Esewe », performées par des groupes de danse locaux, les larmes aux yeux. De quoi te faire crier à en perdre ton larynx.

Le défilé de la Miss Ngondo 2014 (un vrai canon, la précision est vitale), accompagnée de ses deux dauphines, et des « reines mères » du comité de la Miss.

Les lutteurs de « Besoa » (lutte traditionnelle), qui faisaient plus flipper qu’autre chose à leur passage ; je ne suis pas une poule mouillée d’habitude mais m’imaginer avec un de leurs poings dans la figure me stoppe direct dans tout élan de rébellion que ce soit. J’imagine donc qu’il s’agissait de l’effet escompté.

 

Certainement le moment le plus attendu par nous autres, la course des piroguiers ! Comme chaque année, 7 pirogues égéries de 7 cantons Sawa : Djebale, Piso’a Belle, Nkam, Bakoko-Wouri, Moulongo, Pongo avec à leur bord 50 à 60 piroguiers, constituaient ainsi les différentes équipes.

Les pirogues sont chacunes dans leur couloir : Silence, et top départ !

Malheureusement, si j’ai bonne mémoire, on apprendra plus tard la chute de 3 des pirogues, ayant chaviré dans le fleuve lors de la phase retour de la course (oui, les piroguiers à bord étaient sains et saufs, respirez.). Mais cela n’a pas empêché l’équipe du « Nkam-Nkam-Ewodi » de finir en haut du podium.

Puis vint le moment de la proclamation au peuple du message « divin » posté dans les profondeurs du fleuve Wouri, ou le fameux dogme de « L’homme qui plonge dans l’eau et en ressort sec » (lol).

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Message qui pour le peuple Sawa tout entier fait office de directive et de mot d’ordre pour l’année à venir, stipulait en accord avec le thème Dipita (espoir) choisi pour cette session du Ngondo, qu’il était primordial de garder espoir en la réalisation de nos œuvres, tout en prônant TOUJOURS l’unité au sein de la grande famille Sawa :

« L’espoir à travers le patriotisme de tous ».

Baume au cœur pour la plupart, aux vues des nombreuses polémiques auxquelles ont fait face les institutions traditionnelles, depuis que le site ancien du Ngondo, la base ELF de Douala, a été cédée à un géant du ciment.

Signant ainsi la fin d’une histoire d’amour remontant presqu’au néolithique avec ce site, ou du moins tel qu’on le connaissait. Car désormais pris d’assaut par des tracteurs, des containers et des méga constructions usinières à tout va. Adieu les hectares verdoyants, et l’air frais dont pouvait se vanter d’avoir cette esplanade. Dommage.

Pile au moment où je prononçai un innocent  » tout est bien qui finit bien », pensant à rentrer me prélasser après tant d’émotions, les vibrations de l’ « Abele » (la fanfare traditionnelle, aka – les chargés de nous mettre le feu aux jambes -) me ramènent très vite à la réalité :

« Tu as voulu kossa, tu vas kossa ». Tout va bien.

La fête était donc très loin d’être finie.

De plus c’était sans compter sur l’After prévu au Stade Mbappe Leppe situé au quartier Akwa, où pour l’occasion avaient été aménagés une myriade de stands, de quoi combler jusqu’au dernier retiçant du jour. Débits de boissons, animations, des spectacles comiques, des grillades de poisson, porc, etc.  Bref, le nerf de l’ambiance, à la Sawa.