Il ne faut pas non plus perdre de vue que le Rwanda est également un pays où Dame Nature semble s’être attardée durablement dans la mesure où le regard embrasse à chaque tournant paysages verdoyants, rivières et collines.

De plus, du fait de la prédominance de l’agriculture dans le pays: les champs de sorgho, les plantations de thé, les parcelles cultivées ainsi que les bananeraies s’étendent  à perte de vue. Sans oublier, ça et là, les troupeaux de vaches qui paissent, le cheptel d’avant le génocide ayant quasiment été reconstitué !

Le pays des Mille Collines est donc incontestablement un lieu privilégié pour quiconque aime la nature !

A ce titre, je ne pouvais pas passer à côté de la forêt primaire de Nyungwe, située au sud-ouest du pays, non loin de la frontière Burundaise.

Cette forêt abrite une riche flore, plus d’une centaine d’espèces d’arbres et de nombreuses espèces de fleurs, de multiples cascades, ainsi qu’une faune d’exception, constituée notamment de diverses espèces d’oiseaux et de singes.

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En effet, y ont élu domicile des colobes et des chimpanzés.

 

Ces derniers sont d’ailleurs devenus l’attraction touristique majeure de la foret.

Comme tant de touristes avant moi, j’ai également cédé à la tentation de partir en expédition pour  les y apercevoir.

Ni le coût de l’excursion ;  ni le réveil à l’aube, dans le froid, pour se rendre au lieu de départ de l’expédition ; ni la grande probabilité, selon notre guide, d’entendre les chimpanzés sans parvenir à les voir, ni enfin la difficulté à se déplacer dans la forêt n’ont réussi à entamer mon enthousiasme.

 

Cela n’a malheureusement été que de courte durée.

 

J’avais clairement présumé de mes forces d’escalade dans une forêt où se déplacer au rythme ultra rapide des chimpanzés, s’avère en réalité très éprouvant.

Combien de fois, après les avoir entendus à quelques mètres, j’ai pensé que la rencontre avec les chimpanzés était enfin au bout du chemin mais que nenni !! Le temps pour moi de l’atteindre, ces coquins étaient déjà loin.

Me revenait alors à l’esprit les paroles du guide nous rappelant, peu avant le départ de l’expédition, que certains touristes tentaient l’expédition plusieurs jours d’affilée avant d’avoir la chance de rencontrer un groupe de chimpanzés.

A 12h30, exténuée et affamée après plus de 5 heures de marche et de grimpes, sous un soleil ardent, j’ai décidé, de guerre lasse, que je n’étais plus en état de pister des chimpanzés qui visiblement n’avaient pas envie de se montrer et décidais de rentrer à l’hôtel.

Pour la petite histoire, ce n’est qu’aux alentours de 16 heures, soit plus de 3 heures après mon départ,  que le groupe avec lequel j’avais tenté l’expédition du matin a fini par approcher quelques chimpanzés.

Je n’aurai jamais pu être capable d’une telle endurance!

Donc à mon avis, cette excursion est un must do si on est un randonneur aguerri et qu’on n’a pas peur de passer toute la journée à pister des chimpanzés capricieux 🙂

Pour les autres, comme moi, cette ballade dans une forêt, préservée et très propre, permet, à défaut de rencontrer des chimpanzés, d’admirer des paysages magnifiques,  de voir d’autres espèces de singes à l’instar des colobes et surtout d’y vivre l’inoubliable expérience de la Canopy Walk !

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Ouverte depuis seulement quelques années, cette jolie ballade à travers une partie de la forêt a pour point d’orgue la traversée d’un pont suspendu en métal, de plus de 100 mètres de long, posé  au-dessus de la canopée !

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Frissons garantis !

Bien qu’étant  un peu sujette aux vertiges, j’ai tout de même pris mon courage à deux mains pour traverser, non sans fierté, ce pont.

Quelle sensation que celle de découvrir d’en haut les merveilles de la forêt qui s’offre à vous, outre la fierté de se dire, une fois au pied du pont, I DID IT !!

Cette canopy walk est à mon avis un must DO dans la forêt de Nyungwe !

Ensuite ma deuxième étape nature  a été dans le nord du pays, à un peu plus d’une heure de route de Gisenyi,  au Parc National des Volcans. Il constitue la partie rwandaise protégée du massif des Virungas (ce dernier se partageant entre l’Ouganda et la République Démocratique du Congo).

On accède à ce sanctuaire des derniers gorilles de montagne, classé depuis 2002 au patrimoine naturel de l’Unesco, en passant par la ville de Ruhengiri  puis le village de Kinigi.

Chemin faisant, j’ai pu admirer les lacs de Ruhendo et Bulera et apercevoir au loin, perdus dans la brume, les sommets des monts Bisoke et Karisimbi, les plus hauts du pays, culminant  respectivement à  plus de 3500 et 4500 mètres d’altitude.

 

Ces derniers sont d’ailleurs mondialement connus  grâce à l’action de la primatologue  Diane Fossey , dont la vie a été adaptée à l’écran dans le film « Gorille dans la Brume », laquelle a passé plus des quinze dernières années de sa vie dans les montagnes rwandaises. En effet, à la fin des années 70, elle y a installé un centre de recherche afin de contribuer à la protection de nos cousins les Gorilles des montagnes. C’est aussi dans ces montagnes qu’elle  a été  enterrée après avoir été assassinée, en 1985, dans des circonstances non encore élucidées. Il est d’ailleurs possible, au titre des excursions proposées, de se rendre sur sa tombe.

 

Contrairement aux autres villes du pays, Ruhengiri et Kinigi voient affluer, malgré le coût très élevé du permis de visite aux gorilles, préalable nécessaire à toute expédition pour rencontrer les primates et qui est délivré quotidiennement en nombre limité, un grand nombre de touristes. Ces derniers sont tout excités à l’idée de vivre cette « ultimate experience » qu’est la rencontre avec un animal, dont nous partageons les gènes à 97 %, et qui n’est désormais visible à l’état sauvage  en Afrique, qu’en Ouganda et au Rwanda.

 

La protection de ces primates en danger est si efficace au Pays des Mille Collines que près du tiers des gorilles de montagne que compte encore la planète y ont trouvé refuge ! Cette protection des gorilles revêt différentes formes car elle passe notamment par la sensibilisation de la population à la préservation des primates, l’interdiction du braconnage, la formation des pisteurs, la collecte de fonds nécessaires à la protection de l’espèce,  la mise en œuvre de projets pour les populations avoisinantes du parc, ou encore l’organisation annuelle de nomination des nouveaux bébés gorilles.

Ainsi, chaque année, depuis 2005, ces nouveaux nés sont, au cours d’une cérémonie appelée Kwita Izina, baptisés, identifiés par leur empreinte nasale, unique, équivalente à nos empreintes digitales humaines et adoptés par des parrains qui pourront suivre leur évolution.

A l’instar de l’expédition pour les chimpanzés à Nyungwe, le départ pour celle des gorilles  a également lieu à l’aube.

 

Le lieu de rendez-vous est fixé au centre de Kinigi d’où l’on aperçoit, par temps clair,  les 5 sommets du Parc, dont les plus connus restent notamment les monts Sabyinyo, Bisoke et Karisimbi.

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Les touristes y sont alors répartis par groupe, en fonction de leurs capacités physiques et du groupe de gorilles qu’ils désirent observer.

En effet, une dizaine de groupes de gorilles, au nombre d’individus variables, sont observables.

Le plus grand, le Groupe Susa, comprend plus d’une trentaine de primates  dont plusieurs dos argentés, femelles et gorillons,  et stationne autour du Mont Karisimbi, donc à plus de 4500 m d’altitude !

L’atteindre nécessite  donc d’être en bonne condition physique pour affronter  la marche, d’au moins 3 heures, sur des sentiers escarpés qui mène à sa rencontre!

Comme vous l’avez compris, ayant bien retenu la leçon de ma précédente expédition à Nyungwe, j’ai pris la sage décision d’opter pour un groupe se trouvant à seulement une heure de marche.

 

C’est ainsi que le guide nous a annoncé, à mes 3 compagnons qui visiblement n’étaient pas prêt non plus à risquer un infarctus sur le chemin et moi, que nous irions voir le groupe nommé Uganda.

 

Puis il nous a indiqués quelques précautions d’usage à observer lorsque nous serions en présence des gorilles à savoir ne pas tourner le dos au dos argenté, mal dominant du groupe, ni s’approcher trop près d’une guenon avec ses petits, d’une façon générale respecter une distance de sécurité d’au moins 5 mètres avec eux, ne pas manger ou boire en leur présence, ni tenter de les nourrir ; toujours parler à voix basse et surtout LA REGLE n°1 : ne jamais soutenir le regard du dos argenté ni pointer un doigt dans sa direction. Cela pouvant être perçu par lui comme un signe d’agression ! La meilleure parade étant d’adopter une attitude de soumission en s’accroupissant et en lui cédant le passage.

Nous nous sommes ensuite mis en route, précédés par des pisteurs et des hommes armés. Prudence est mère de sureté face aux éventuels braconniers.

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Après une heure de marche à travers des champs de pyrèthres, insecticide naturel, des plantations de légumes, des montées escarpées, des ronces acérées, nous nous sommes retrouvés dans une petite clairière où nous entendions les gorilles de plus en plus fort.

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Nos guides ont alors commencé à émettre des petits grognements à l’endroit des primates,  afin de leur indiquer que nous ne leur voulions aucun mal.

Soudain, à 10 mètres de moi a surgi de nulle part un gorillon. Il s’est arrêté à quelques mètres de moi et m’a fixée pendant quelques minutes.

Cette première rencontre m’a littéralement sciée et je n’ai pas pu m’empêcher de le fixer, incapable que j’étais de bouger ou de le prendre en photos.

Puis, il a brusquement dévalé la pente pour rejoindre d’autres petits qui jouaient plus bas !

 

Première claque émotionnelle !!

 

Derrière le guide nous avons continué à descendre la pente pour enfin découvrir, cachés au pied de deux arbres, deux guenons et plusieurs petits qui se délectaient de feuilles, se balançaient de branches en branches ou s’épouillaient !

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Quel spectacle phénoménal que celui-là ! Puis réaliser toute la mesure de notre lien de parenté avec eux en voyant leurs paumes, leurs doigts, si semblables aux nôtres !

Soudain, un grognement est venu interrompre ce paisible spectacle.

Un silverback, dos argenté,  mâle pouvant atteindre les 200 kilos, s’est rapproché, comme pour nous signifier qu’ils nous avaient à l’œil.

J’ai été impressionnée par la stature imposante de ce colosse et son air renfrogné mais il s’est, très vite, assis sous un arbre pour entamer son petit déjeuner, fait de feuilles,  sans plus du tout se soucier de nous.

Chose impensable, et sans même nous en rendre compte, nous nous sommes tous rapprochés pour n’être plus qu’à un mètre de lui, notre curiosité ayant été la plus forte.

Là encore il n’a pas paru gêné de cette promiscuité et a continué à se délecter de ses feuilles.

 

Quel spectacle !!….

 

Par souci de sécurité la visite auprès des gorilles ne dure qu’une heure mais cette heure d’observation est passée à une vitesse éclair !!!

C’est donc avec beaucoup de regrets, mais des souvenirs plein la tête ainsi que porteuse de mon certificat de visite aux gorilles, que j’ai dû redescendre à Kinigi.

La troisième halte estampillée nature s’est faite, en redescendant vers  Kigali, au lac Muhazi, situé à environ une heure de route de la capitale.

Une halte très reposante  au Jambo Beach, petit restaurant situé sur la rive du lac, m’a permis d’ apprécier la quiétude des lieux où d’ailleurs le président Kagamé possède une résidence secondaire.

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Ivy DohounonJournal d’ un pigeon voyageur