Je suis originaire de l’Est de la Côte d’Ivoire plus précisément agni d’Abengourou.
Cependant, je suis née et ai grandi à Abidjan.

 

Petite, les vacances d’été étaient l’occasion d’aller au village pour voir la famille qui y vit et profiter du cadre de vie reposant loin de l’agitation de la capitale. Je me rappelle qu’à l’époque, les conversations avec la grand-mère et les cousins du village aidant, je savais tenir une discussion en agni. Mais ça c’était avant.
Car depuis, bien des années sont passées et j’ai quitté ma Côte d’Ivoire natale pour la France. Ne pas pratiquer une langue, c’est le risque de la perdre et c’est ce qui est arrivé. Lors de mes précédents voyages en Côte d’Ivoire, la durée trop courte du séjour ne permettait pas de me rendre au village. Et puis autant l’avouer, je n’y voyais pas vraiment d’intérêt.

 

Cette année, c’était différent. Ma mère est à la retraite depuis quelques temps. Et parmi les nombreuses activités qui occupent désormais ses journées, il y a l’agriculture. Et oui, ma mère a décidé de devenir « exploitante agricole du dimanche » comme mon père aime le dire en rigolant.
L’exploitation agricole est justement située à Abengourou: d’immenses hectares de terre dans la forêt qui avaient jadis appartenu à mon arrière-grand-père maternel.
Ma mère effectue donc régulièrement le trajet entre Abidjan et Abengourou pour s’occuper de ses terres. Elle m’en parle souvent, vraiment souvent de Kadoubouo, comme on appelle ces terres.
C’est décidé, j’irai voir Kadoubouo lors de mon prochain séjour en Côte d’Ivoire.
J’atterris à Abidjan un mardi soir. On prend la route pour Abengourou le lundi qui suit avec donc ma mère et mon petit frère. Auparavant, tout le monde à la maison m’a prévenu: la route est TRÈS TRÈS mauvaise. Sans entretien et étant sûrement très sollicitée, elle s’est dégradée depuis quelques années.

 

J’aurai beau été avertie que je n’ai pu m’empêcher d’être profondément étonnée et en même triste de découvrir l’état de la route. D’énormes nids de poules, des crevasses, le goudron s’est carrément retiré à certains endroits. Le car qui nous transporte subit les soubresauts de la route…et nous avec.

 

Bref, après plus de 4h de trajet, nous y voilà. Je suis heureuse de retrouver quelques repères que j’avais encore dans la ville, ravie de voir la maison et aussi de respirer un air frais en fuyant la saturation et la pollution d’Abidjan.

 

Ma mère nous prévient mon frère et moi: il faut se lever tôt le lendemain pour aller au champ.
C’était le contrat, c’est pour ça que nous sommes venus.

 

Le lendemain donc, dès 7h du matin, nous voici en plein préparatifs pour nous transformer en bons exploitants agricoles. Jean, haut à manches longues, chapeau, gants. Et pour finir l’ultime attirail: les bottes en plastique.

 

Le trajet jusqu’au champ se passe sans encombre, dans la Jimmy, une voiture que mon père a acquise spécialement pour les déplacements de ce type au village.
Et puis, nous y arrivions enfin ! A Kadoubouo. Les terres sont immenses, vraiment immenses. Ma mère nous explique les différents types de culture qu’il y a: du cacao, de l’hévéa, du teck, des fruits, des produits vivriers (tomates, piments, gombos…) tout cela par des membres de la famille.

 

Il faut se mettre au travail, on n’est pas que venu voir ! Chacun s’arme qui de sa daba, qui de sa machette ou de sa houe.

 

Moi j’ai hérité d’une daba pour débroussailler.

 

A peine 5 minutes après avoir commencé, je suis épuisée! Je me rends compte qu’il faut vraiment être endurant pour ce genre de travaux… Et je dis à ma mère « ça ce n’est pas un travail pour les hommes !!! Il faut des machines ».

 

Elle m’explique que l’agriculture telle que pratiqué sous nos contrées, et bien c’est ça: pas de machines, il faut aimer la terre, travailler dur, être patient, persévérer lorsque la pluie n’arrive pas à temps….Bref, ce n’est point facile. C’est loin de l’image des agriculteurs que je vois dans « L’amour est dans le pré » qui à eux seuls peuvent exploiter d’immenses hectares grâce à leurs machines qui font tout!

 

Ma mère a prévu d’embaucher des manœuvres pour s’occuper à temps plein de l’exploitation.
En attendant, ce sont donc nous les exploitants agricoles du moment.
Je suis ébahie par l’endurance de ma mère: elle travaille sans pause de 9h jusqu’à midi !!! Alors que mon frère et moi passons notre temps entre se reposer à l’ombre d’un bananier, prendre des photos, aller cueillir des maïs qu’on compte rapporte comme victuaille à Abidjan. Bref, on joue les touristes au champ. J’ai quand même réussi à mettre en terre 3 plants d’hévéa 😀
La pause déjeuner sera magique ! Ma cousine qui est avec nous pour cette journée allume un feu de bois et nous cuisine de manière rustique un riz sauté à la tomate et au poisson sec.

 

Miam Miam Miam du riz au gras villageois 😀

 

On profite également mon frère et moi pour braiser quelques-uns des mais qu’on vient fraîchement de cueillir. Ce sera le goûter du jour.
Puis on se remet au travail. C’est toujours aussi dur mais le paysage agréable, l’air frais et les nombreuses pauses nous aident à tenir. A 16h c’est l’heure de rentrer.
J’aurai passé au total 2 journées au champ, 2 journées riches qui m’ont fait découvrir une réalité très éloignées de mes préoccupations habituelles, 2 journées de communion avec la nature, 2 journées riches à visiter l’Afrique d’une manière bien singulière.

 


 

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