Comme beaucoup, j’ai fait l’erreur, dans mes jeunes années, de parler de l’Afrique comme s’il s’agissait d’un gigantesque pays. C’est lors de mon premier voyage en Afrique noire, au Ghana, que l’Afrique c’est alors distinctement divisée en 54 pays et en plus d’un milliard d’individus plus différents les uns des autres. Mon voyage au Ghana est étrangement plus facile à raconter à travers les émotions et surtout les mots puis les phrases, échappées de mon stylo, qui me sont venues à mon retour.

 

La première image qui me vient du Ghana est la nature. Propre, ordonnée, luxuriante, colorée surtout teintée de vert pour la forêt tropicale et jaune par la savane. Je suis une personne avide d’aventures, et cela depuis mon plus jeune âge. Dès mes 5 ans, je prenais les centres commerciaux pour des jungles où j’allais pour découvrir chaque recoin, au plus grand malheur de ma chère mère. En grandissant, les voyages devinrent une dépendance, une nicotine. Comme nombre d’entre nous, j’ai commencé par la France, puis l’Europe, puis l’international en famille, parfois entre amis et même seule. Pourtant des choses me manquaient dans ces voyages, tournés vers la découverte des « monuments et lieux à pas manquer » classés par des guides touristiques. C’est lors de mon année à Foix (et oui une de mes plus aventures fut une année en pleine montagne pour étudier et surtout réapprendre à respirer) que ces « choses » me sont apparus. Lors de ces voyages c’est l’engagement et mes racines qui me manquaient. En effet, je partais découvrir le monde avant même d’avoir effleuré le sol de mes ancêtres. Car oui pour rappel, l’Algérie est avant tout africaine !

 

C’est alors que le destin fit son travail. A 22 ans, sur le tableau des annonces de stages de mon école, une me regarda droit dans les yeux et me dit « tu es à moi ». Je la décroche et lis « cherche stagiaire pour plusieurs mois dans le cadre de missions tourisme/ développement de projet, en Afrique de l’ouest ». Plusieurs missions me furent proposées au Benin/Togo/Ghana. Ce sera le Ghana, pour la pratique de l’anglais, la dimension écotouristique de la mission et la découverte de la culture. Pierre, responsable de l’association Sakado, me met en contact avec Cindy Nordemeler, l’une des deux associés de Jolinaiko, Tour opérateur collaborateur des projets de SAKADO au Ghana. Après plusieurs mois, je me retrouve à préparer ma valise et me renseigner un maximum sur le Ghana. Pour mon travail, ma culture générale, ma vie sur place et MA MERE.

 

Ma mère, une femme ayant baigné dans la culture maghrébine, où la fille, à 22 ans, devrait penser à se marier, commencer à aménager son chez soi, prendre soin de son mari, s’instruire, voir ses amies. Quand je pense à ma mère, je pense à une femme maghrébine, musulmane, ouverte, instruite et curieuse qui a eu le courage de se confronter aux réticences de sa famille pour laisser sa fille vivre son rêve, vivre sa vie. Mais être mère d’aventurière n’est pas tous les jours chose aisé, surtout quand Arte à la bonne idée de diffuser des documentaires sur le Ghana en concentrant tous les clichés et dangers de ce pays quelques jours avant mon départ… Je vous laisse imaginer son état. Malgré tout, nous voici le jour du départ à l’aéroport. Mon cousin et ma mère m’accompagnent et non sans peine je les quitte pour deux mois. Je laisse un dernier regard à ma mère lui demandant de me faire confiance à moi, sa fille et à l’Afrique, son ancêtre, et non aux stéréotypes.

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Après quelques heures de vols, mon pied foule la terre chaude d’Accra. Le bruit, le mouvement, les couleurs dont le rouge de la terre me ravis. Je suis là où je dois être. Fofo, le chauffeur m’attend chaleureusement (oui l’hospitalité est un cliché agréablement véridique). Après quelques minutes à traverser la ville moderne d’Accra, j’arrive dans ma future maison près du grand marché de Dodowa. Ma fiche de mission m’est expliquée : découvrir des lieux, personnes, villages, natures, ateliers, savoir-faire, rituels dans la zone de la Volta Région pour y créer des itinéraires écotouristiques dans un délai d’un mois.

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Après avoir pris mes quartiers, je découvre, les premiers jours, Accra. Comment comprendre un pays sans connaitre sa capitale. J’ai alors le droit aux visites de musées, à l’ambassade française pour signaler mon arrivée sur le territoire, des monuments, des bâtiments de commémoration, stade de sport, plages et livres de Kwame Nkrumah (premier président du Ghana indépendant) et Chinua Achebe (qui n’est pas ghanéen mais nigérian cependant important pour comprendre l’histoire et l’impact de la colonisation). Les livres sont une partie importante des voyages. En effet, à mon arrivée ou avant de partir je m’assure d’avoir entre les mains un livre qui, durant mon voyage, m’apprendra à mieux cerner où je suis, les enjeux, l’(es) histoire(s), les problèmes, les douleurs, les blessures parfois encore ouvertes, les beautés, les politiques tout en m’imprégnant de la nature, de l’environnement, des odeurs, des couleurs, du bruit, des gens, de la vie.

Accra fut une merveilleuse découverte. Parfait métissage de modernité et de tradition. Pour s’y promener, tant la ville est grande, il vous faudra plusieurs jours et surtout plusieurs taxis/ tro-tro et bus. On y trouve à la fois de grands marchés où les passionnés de tissus Wax y perdront surement leurs économies tant ils sont beaux et en nombre et des centres commerciaux, des musées, des châteaux… L’architecture est un mélange d’inspiration soviétique pour les grands monuments, souvent ministériels, et de styles plus futuristes tel que ceux près du grand Mall (grand centre commercial de la capitale).

Visiter l'Afrique - Ghana monument- Visiter l'Afrique

Le musée et mausolée de Kwame Nkrumah en est un exemple. Autour de ce monument/parc/musée/mausolée se trouve des vendeurs de rue de noix de coco fraiche (à tester sans modération), des bâtiments neufs accueillants de jeunes et dynamiques entreprises, l’imposante cour suprême et la mer en toile de fond. Un monument à ne pas rater, surtout quand les paons sont de sortis dans le magnifique jardin.

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Près de la mer, vous retrouverez le fameux parc (square) black star. Cette esplanade inspirée d’un style soviétique, se trouve près du rond-point où se situe la statut de l’étoile « noire », symbole de l’indépendance. Cette place est censée incarner l’idéologie panafricaine où l’on retrouve la flamme éternelle de la libération de l’Afrique, allumée par le premier président ghanéen Nkrumah. Sur cette esplanade on trouve également la grande arche de l’indépendance et le stade où de jeunes, parfois, s’entrainent afin d’accéder à cette équipe de foot tant réputée sur le continent.
Si vous vous mettez face à cette grande esplanade et partez vers la gauche (en taxi !) vous accèderez à l’une des plages les plus prisées (et européenne) d’Accra : Labadi Beach.

Visiter l'Afrique - Ghana cocotiers- Visiter l'Afrique

Labadi beach est une plage privée : l’entrée est donc payante. Des sonorités jamaïcaines accompagneront vos premiers pas sur la plage. Bars dansant, terrasse en bord de mer et kit surf dessinent le paysage. Si vous êtes pour la tranquillité, mettez-vous face à la mer et partez vers la gauche jusqu’à atteindre un petit havre de paix où les arbres se mêlent au sable. Il vous suffira de faire quelques pas pour rejoindre la route et les taxis.
Je vous conseille un des derniers bars (avant d’atteindre le coin de tranquillité). Coloré et paraissant un peu pauvre par sa décoration (peinture décrépie de diverses couleurs), le gérant, d’origine ivoirienne est quant à lui riche en couleur (ses bières et smoothies ne sont pas chers et frais !).

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Le récit touche à sa fin! Dans le prochain épisode, nous finirons notre balade à Accra et partirons dans les terres à destination de la volta Région.

Inès Bouhdid