Février 2015 : de retour en Guinée après 15 ans d’absence, me voilà de nouveau par monts et par vaux, le sac au dos (et oui avec la tente et tout le matos pour bivouaquer en autonomie), sur les pistes et sentiers du Fouta. C’est une sensation un peu curieuse mélange d’impatience et d’appréhension. Je redoute entre autre que la réalité de 2015 ne soit plus celle de 1999, j’ai peur d’être déçu et de ne pas retrouver les émotions, les sensations si pleinement ressenties dans ces contrées par le passé.
Pour « minimiser » le risque, j’ai choisi de reprendre le chemin du site de Kambadaga, que j’ai si souvent arpenté par le passé. Pour moi, l’un des plus beaux de la sous-région.
Nous partons donc de bon matin depuis les environs du mont Maci où nous avons passé une première nuit en bivouac.
Nous quittons la tapade (ensemble de maisons entourées par une clôture incluant quelques plantations vivrières) dans laquelle nous avions installé notre tente, accompagnés par quelques enfants très amusés de pouvoir faire un bout de chemin avec nous. Les garçons ont pris leurs lance-pierres et s’évertuent à chasser les oiseaux que nous croisons sur notre chemin.
Soudain un Calao apparait au dessus de nous, avec son long bec et son vol si particulier.
Il s’éloigne. Et nous poursuivons notre chemin.
Après quelques minutes de marche joyeuse, les enfants s’arrêtent et nous disent au revoir. Ils ont très clairement atteint les limites de leur « territoire » et ne peuvent aller plus loin. « Ohooh, N’Dyaramaa » (au revoir, merci)
Nous cheminons maintenant seuls, dans un silence impressionnant, tantôt sous l’ombrage de quelques arbustes et arbres majestueux (de plus en plus rares …), tantôt sous le soleil qui en ce milieu de matinée commence à « cogner dur ».

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Le silence est brutalement interrompu par des cris : des enfants ? Non. Ces cris sont trop puissants. Il semble bien plutôt que nous sommes à proximité d’un groupe de chimpanzés qui sentant notre approche, manifestent leur présence. Aussitôt, le plus discrètement possible, nous dévions du chemin pour essayer de les apercevoir mais peine perdue, ils ont filé, ne laissant derrière eux que les nids qu’ils ont certainement occupés la nuit précédente et, de loin en loin, quelques échos de leurs cris.

 

Après une grosse demi-journée de marche entrecoupée de pauses pour boire des oranges à la mode locale ou encore manger quelques fruits de brousse, nous arrivons au village de Hakoundé-Mitty, village le plus proche des chutes. Nous retrouvons alors la joyeuse animation des groupes d’enfants, qui accourent vers nous à notre arrivée. Juste le temps de saluer quelques habitants et connaissances, de boire encore et toujours quelques oranges (vu la chaleur, c’est vraiment bienvenu) et nous continuons vers les chutes en contrebas du village.

 

Nous rejoignons le « belvédère » qui offre une vue panoramique sur les 2 premières chutes : l’impression est toujours aussi puissante, saisissante !

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C’est tout simplement beau.
Nous descendons jusqu’à la rivière par la piste très récemment refaite par des Chinois, paraît-il. Un projet de barrage expliquerait ces soudains travaux …. ?!? Ah ces chinois ?!?
L’après-midi étant déjà bien avancée, nous décidons d’installer notre bivouac, au bord de l’eau, sur les rochers qui forment le lit de la rivière. En pleine saison sèche, les plateformes émergées sont idéales pour installer une tente. Quelques brassées de paille sèche prélevées sur la rive, plus 4 ou 5 gros cailloux font l’affaire pour notre « igloo » du jour.
Nous ramassons aussi quelques morceaux de bois pour notre feu plus tard.
Nous profitons des derniers rayons de soleil pour une petite séance « Jacuzzi » dans les trous d’eau, creusés par l’eau dans le lit de la rivière : relaxation garantie!

 

Mais déjà la luminosité commence à baisser. Le feu s’allume presque tout seul : tout est très sec autour de nous. Mais aucun risque, nous sommes à bonne distance de la berge.
La tente en place, le feu illuminant notre bivouac, mon guide et ami décide de se lancer dans une pêche improvisée : une pêche aux crabes !
Il s’équipe d’une lampe de poche frontale improvisée : un bandeau et une lampe torche classique font bien l’affaire.
A l’aide de cet équipement et d’un bâton, il scrute chaque trou d’eau au milieu des rochers. Pas évident, la chasse aux crabes !
Pour ce qui me concerne, malgré ma lampe frontale « Décath », je ne trouve rien.
Et oui, l’instinct du chasseur, on l’a ou pas.
Dans le même temps, mon ami trouve 3 bêtes à pinces. Pas de quoi faire un festin, mais ils passent quand même à la broche, histoire de leur montrer qui est le prédateur dans l’histoire.

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La dégustation n’est pas très évidente, mais nous avons quand même le goût du crabe au fond du gosier.
Pour le reste nous espérons toujours le plat de riz commandé plus tôt au village, situé à environ 30 min. à pied.
L’espoir ne nourrissant pas son homme, nous improvisons un encas spécial rando : pain + vache qui rit + sardines. Huummmm !
Il fait maintenant nuit noir et le plat de riz ressemble fort à un espoir déçu.
Mais peu importe, nous sommes allongés sur la paille, bercés par le clapotis de la rivière, alors que nous divaguons sur la voie lactée. Magique !
Soudain la magie est interrompue ! Et oui, notre cuisinière et son frère surgissent de la nuit avec une gamelle pleine de riz blanc, aussi blanc que les étoiles mais en moins céleste.
Il est plus de 22h00 et nous nous sentons obligés d’honorer ce plat, même si, il est vrai, l’appétit n’y est plus vraiment.
Nous mangeons donc quelques cuillerées, histoire de nous caler définitivement, avant d’aller rejoindre les bras de Morphée en rêvant de crabes aux pinces géantes ….garantie !