Dans mon précédent récit, je vous comptais mes premiers pas au Ghana, plus précisément à Accra. Aujourd’hui votre destination est la Volta Region, une des plus vertes d’Afrique de l’Ouest. Nous partons sur la route de cette magnifique région en compagnie de Fofo (le chauffeur), Isaac (un des guides de Jolinaiko), Marc (un stagiaire hollandais), et Ruben (un stagiaire zambien).

 

Nous faisons le tour des plus beaux villages, rencontrons des associations, visitons des ateliers de tissage, des agriculteurs, des gérants de lodges, des couturiers dans le but de créer des itinéraires écotouristiques.

Sur notre route, nous ferons un crochet par Astiekpoe, à 2 heures d’Accra. Une presqu’île quasi paradisiaque, où se trouve le Cashew Lodge. J’y ferais la connaissance d’une jeune femme ghanéenne venue faire son service civique. Au Ghana, chaque jeune doit, après ses études, effectuer un an de service civique au sein d’une association sur le territoire. Une forme de service militaire sans armes ni cris.

www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (5)

Au deuxième jour de notre séjour à Astiekpoe, Isaac me propose de l’accompagner à un enterrement près du village. Un jeune homme, d’une trentaine d’années, est décédé et va être enterré. La famille a organisé une cérémonie en présence du corps mort, mais brûlant par la température extérieure. Certains de ses amis s’enivrent de Palm Wine, et dansent sous la tente de feuilles de palmier sur des rythmes transcendant accompagnés de chants traditionnels. Les femmes aussi s’enivrent, différemment. A chaque fin de danse, entre deux rythmes, elles reprennent leur souffle en buvant cul sec un verre de Palm Wine. Une forme de rituel qui semblait purger l’âme, et d’où l’on sort changé. Ce qui sauve souvent c’est les autres. Alors sous cette tente, qui abrite plus de 200 personnes, je comprends la force de ces personnes : ils sont tous là, ne se sentent plus seul et se sauvent.

www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (10)

Le lendemain, un des guides me propose de faire un tour. Il m’explique que le village est organisé en groupe. Chaque parcelle regroupe les maisons d’une même famille. Les jeunes hommes construisent eux même leurs maisons. A la fin de leur puberté, les jeunes hommes se voient offrir une parcelle de terre par leur famille pour construire leur future maison. Aidé de leurs amis et hommes de leur famille, ils font leur premier pas dans la vie d’adulte.

 

Après avoir visité le musée, et rencontré les chefs de village, comme la tradition le veut, nous repartons sur la route de Liati Wote. Un magnifique et paisible village au pied du mont Afadjato, le plus haut du Ghana.

Le lendemain, nous découvrons le fameux mont Afadjato. Après deux heures de dure escalade (968m) nous rejoignons la fameuse cascade Tagbo et nous baladons dans les nombreux villages cachés dans la montagne à la frontière togolaise.

www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (2)

Le troisième jour, nous visitons les alentours de Liati Wote :

  • Tafi Atome : « Le sanctuaire des singes ». Un parc animalier où plusieurs espèces de singes sont accueillies par des guides locaux qui les soignent et les nourrissent.
  • Tafi Abuife : « le village du Kente ». Le Kente est un tissu connu pour la qualité de fabrication, la beauté des motifs et les couleurs qui permettent de le reconnaître. Dans l’histoire du Ghana, le Kente était à l’origine un tissu attribué à des personnes importantes. Depuis il s’est démocratisé arrivant même à traverser les frontières. Tafi Abuife est un atelier à ciel ouvert. De la taille d’un village, toutes les générations s’y croisent et se transmettent les secrets de fabrication de ce tissu. Le sol est parsemé de fil colorés, de rouleaux de laine et les machines traditionnelles claques telle une musique rythmant les gestes furtifs des tisseurs.

www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (7) www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (8) www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (9)

Le lendemain, mes compagnons partent et voici la Yuvu (blanche) seule au sein de ce charmant et encore inconnu village. Quelques semaines passent, les lieux me sont plus familiers, et les échanges avec les habitants plus nombreux.

Après un mois de cohabition, je découvre certains particularismes :

  • Il n’existe pas de week-end ce qui est propre au milieu agricole
  • Les chefs de villages occupent une place importante dans l’organisation de la vie sociale, tel un maire mais bien plus proche des habitants
  • Les hommes se saluent par une poignée de main qui se finit par un pincement réciproque du bout des doigts. Les femmes ne se saluent pas physiquement mais par un enchaînement de phrases : « Bonjour, comment ça va ? « Wézo, pemeto? Edo! E’ foin? Me foin… »
  • Les tâches et décisions communes sont prises pendant un rendez-vous hebdomadaire réunissant chefs et habitants. Les chefs prononcent les décisions prises après échange avec les habitants.
  • Les maisons ne sont séparées par aucun portail. Les habitants n’ont aucune « intimité » lorsqu’ils se trouvent hors de leurs murs. Tout comme lors des salutations, les contacts restent minimes (poignée de main, salutation à distance). Lorsque des voisins communiquent, ils le font à distance en parlant à haute voix ou en tendant l’oreille.
  • Les tâches communes ou « Communal Labor » sont réalisées à tour de rôle par les femmes, les hommes ou les enfants. Pour le nettoyage de la ville, les femmes sont appelées à travailler une journée durant, les hommes seront assignés aux travaux manuels, et les enfants s’occupent de leurs écoles.
  • Le soleil se lève à 5h30 du matin et se couche aux alentours de 18h-18h30 toute l’année, ce qui suppose une organisation différente de la journée et de la vie sociale.
  • Ils possèdent une capacité à attendre qui appartient sûrement au plus haut niveau de Yoga. Des heures d’attentes en silence. Les seuls à protester sont les européens et les citadins. Les autres attendent patiemment le « tro-tro », le bateau, un client, un ami, un rendez-vous, un changement.

 

Pour le reste du récit, je vous laisse encore attendre quelques temps. La prochaine fois, pour conclure ce long voyage, je vous parlerai de l’histoire d’une rencontre. Celle du plus vieux conteur de Liati Wote qui, avant de s’endormir à jamais, m’a demandé de vous partager l’histoire d’un peuple, de sa fuite et de sa survie : Les liatis. Chers aventuriers, curieux et explorateurs, belle soirée.

www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (1)

A RETENIR

Astiekpoe : A 2h d’Accra. Un hameau de pêcheur et agriculteur aux senteurs de tranquillité et douceur
Cashew Lodge : seule lodge à Astiekpoe (passer par Jolinaiko pour réservation)
Tafi Abuife : le village du Kente
Tafi Atome : Sanctuaire des singes
Leklebi Agbesia : village abritant une mystérieuse grotte qui attire de nombreux curieux
La cascade Tagbo au pied de Liati Wote
Les villages aux alentours de Liati wote où vous trouverez mille et une activités à réalisées : randonnées, sanctuaire de serpents, cascades… et presque tout peut se faire à pied, taxi moto ou en vélo ! = Liati Soba, wli fall, leklebi
Hohoe ou Ho : deux grandes villes proche de Liati. Les habitants des villages environnants ont l’habitude de s’y rendre pour s’y approvisionner, sortir, aller à la banque, recharger les unités de son téléphone…

www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (6) www.visiterlafrique.com La Volta Region Ghana (4)