Une guerre civile de 14 ans qui a laissé un pays exsangue et aujourd’hui une épidémie d’Ebola sans précédent ont beaucoup noirci l’image du Libéria. Les journalistes mais aussi le cinéma n’ont pas été tendres non plus avec ce pays. « Johnny Mad Dog », « Lord of war » et « Blood Diamond » font coller au Libéria (et la Sierra Leone) une réputation d’enfants soldats, de trafic d’armes et de diamants.
Ce qu’on oublie assez facilement c’est que le Libéria fût à une époque la perle de l’Afrique, le pays montré en exemple pour sa réussite économique et qui a même prétendu accueillir le siège de l’Union Africaine. Le Libéria et surtout Monrovia gardent encore les stigmates de cet âge d’or. Des villas, des hôtels de luxe, plusieurs salles de spectacles et des centres de conférence. Jusqu’au début des années 80, la ville rayonnait et possédait des infrastructures et une vie artistique surprenantes. En fait, on visite aujourd’hui le Libéria comme on visite Pompéi, en allant de ruine en ruine et en se disant « ah, mais ils avaient tout ça à l’époque ». Ces vestiges du passé sont quasiment encore tous là. La guerre fut meurtrière pour les civils, mais l’absence d’armes lourdes a plutôt épargné les bâtiments. La silhouette de Monrovia a en fait peu évolué ces trente dernières années, la ville s’est juste flétrie. Les villas, les hôtels, les centres de conférence, ces bâtiments sont encore là. Ils ont juste été pillés et sont aujourd’hui devenus des squats où les familles s’entassent.

Armé de mon appareil photo, j’ai arpenté Monrovia pendant plus d’un an. J’y ai réalisé d’un côté toute une série d’œuvres en gifs animés où j’ai consigné les rencontres et les endroits visités en mettant l’accent sur les habitants de Monrovia et leur vie quotidienne. Mais j’ai aussi en parallèle minutieusement cherché et visité tous ces anciens bâtiments afin de documenter les dernières heures de ce Monrovia décrépi et prochainement voué à disparaître. En effet, malgré un redémarrage économique laborieux, les bétonneuses sont désormais en marche. Il n’existe évidemment aucune notion de patrimoine et aucune mesure de conservation n’est prévue. Sauf exceptions, tous bâtiments de que j’ai photographiés disparaîtront rapidement (d’ailleurs certains le sont déjà).

Visiter l'Afrique - Libéria maison de notables - François Beaurain
Cette maison, dans un état de conservation remarquable est située en face de plusieurs ministères et est quasiment voisin du palais présidentiel. Elle a donc du appartenir à quelques notables à l’époque. Aujourd’hui plusieurs familles s’y entassent et l’un des habitants y vend des meubles pour arrondir ses fins de mois.

Visiter l'Afrique - Libéria maison sur pilotis - François Beaurain

Il existe encore quelques maisons en tôle à Monrovia. Celle-là est sûrement la plus grande. Montée sur pilotis (il pleut 5 mètres d’eau par an en moyenne à Monrovia), elle possède une structure bois et une carapace en tôle ondulé. L’édifice ne tient plus que par miracle et le terrain est à vendre. La plus grande menace pour ces maisons demeure néanmoins le feu. J’en ai vu une fois une brûler avec ses habitants à l’intérieur.

Visiter l'Afrique - Libéria interieur cuisine - François Beaurain

La même maison vue de l’intérieur. Personne n’a pu concrètement me dire combien de personnes vivent dans cette maison. En fait, les cuisines sont en commun et à chaque pièce correspond une famille.

Visiter l'Afrique - Libéria hangar à bananes - François Beaurain

L’ancien siège de la banque centrale du Libéria est désormais devenu un immense hangar à bananes. Grâce à ses dimensions impressionnantes qui lui confèrent une certaine fraicheur, les trois premiers étages de la tour sont désormais dédiés au stockage et à l’affinage des bananes.

Visiter l'Afrique - Libéria maison figuier - François Beaurain

Je suis passé plus d’un an devant cette maison dont je croyais que le seul habitant était un figuier étrangleur. En fait ce sont plusieurs familles qui vivent dans les rares pièces qui n’ont pas été envahies par le monstroplante. La maison a été rasée une semaine après ma visite.

Visiter l'Afrique - Libéria interieur maison figuier - François Beaurain

Il n’y a ni échelle ni escalier dans la maison au figuier étrangleur (dont le chantier a sûrement été interrompu par la guerre). Pour la visite, il faut des aptitudes en escalade.

Visiter l'Afrique - Libéria roye memorial building - François Beaurain

Le Roye Memorial Building est un autre géant de Monrovia. Jamais rénové, il porte encore sur ces mûrs les traces des combats. Le gardien (un ancien soldat) n’est pas avare en anecdotes sur la « World War III » (La troisième guerre mondiale est le nom que les libériens ont donné à leur guerre civile) et s’improvisera guide pour quelques dollars.

Visiter l'Afrique - Libéria roye memorial interieur - François Beaurain

Les trésors du Roye Memorial building sont à l’intérieur, des vitraux et une salle de spectacle avec balcon de pouvant accueillir plusieurs centaines de personnes.

Visiter l'Afrique - Libéria monrovia - François Beaurain

Il n’y a plus de poste au Libéria depuis la guerre, il est donc impossible d’envoyer des cartes postales (et personne n’en imprime plus). Celle-ci date d’avant la guerre a été trouvée au marché de Monrovia. A part les voitures et la végétation, rien n’a réellement changé depuis.

François Beaurain – www.fbeaurain.com