Situé en haut d’une colline qui domine à la fois la mer et la ville, l’hôtel Ducor en ruine fait désormais fait plus penser à un château cathare qu’à un hôtel de luxe. Entouré par une végétation luxuriante et un bidonville, ce géant serait le décor idéal pour une fiction post-apocalyptique.

Une centaine de chambre, huit étages, une piscine, un tennis et un restaurant français, l’hôtel Ducor a été le premier hôtel de luxe du Libéria et pendant longtemps un des rares 5 étoiles en Afrique. Inauguré en 1959 par le président Tubman, Ducor était géré par Intercontinental Hotels et a été la vitrine d’un Libéria en pleine expansion. C’est d’ailleurs lors d’un sommet des chefs d’état en 1960 que Félix Houpouët Boigny aurait décidé de faire construire l’Hôtel Ivoire à Abidjan, mais en « plus beau et plus grand ».

L’histoire de l’hôtel et du pays s’entremêlent. En fait l’hôtel est le plus clair symbole du « rise and fall » libérien. Après une jeunesse dorée, l’hôtel va doucement tomber en décrépitude suite au coup d’état de Samuel Doe en 1980. Avec le départ des américano-libériens (les descendants des esclaves affranchis américains) qui avaient « colonisé » le pays, la situation économique se détériore, l’hôtel perd son statut d’hôtel Intercontinental en 1984 puis ferme en 1989.

Mais la vie de l’hôtel ne s’arrête pas pour autant. Pendant les guerres civiles l’hôtel devient camp de réfugiés. L’hôtel va être ainsi squatté pendant une vingtaine d’années par des centaines de personnes. En 2011, le gouvernement libérien signe enfin un accord avec le gouvernement lybien pour sa réouverture. Les travaux ont à peine le temps de commencer que le printemps arabe balaie Kadhafi et les espoirs du gouvernement libérien de voir cet hôtel restauré. Depuis, c’est une équipe de gardes qui veille jour et nuit sur l’hôtel, mais laissant néanmoins l’accès à toute une multitude de gens moyennant une rétribution.

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La végétation a désormais envahi tous les abords de l’hôtel.

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L’hôtel Ducor offre des vues imprenables sur la ville.

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Un dandy libérien à la dernière mode chinoise prend la pose devant l’entrée de l’hôtel.

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Vue mer depuis la terrasse de l’Hôtel Ducor. L’hôtel n’est plus guère fréquenté que par quelques jeunes du quartier et des expatriés en mal d’insolite.

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La piscine de l’hôtel. En arrière-plan West Point, le plus grand bidonville de Monrovia et derrière encore le port.

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Plusieurs libériens m’ont confié avoir appris à nager dans la piscine du Ducor. La piscine du Ducor ne se remplit plus guère qu’à la saison des pluies pour le plus grand bonheur des enfants du quartier qui a poussé sur les flancs de la colline.

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La salle du restaurant circulaire qui offrait une vue 360° sur la ville et la mer.

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le hall d’entrée et son revêtement en marbre sert occasionnellement de salle d’entraînement à l’équipe nationale de taekwondo.

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Suite à la signature de l’accord avec les Lybiens en 2011, Ellen Sirleaf Johnson, lauréate du prix Nobel de la paix et actuelle présidente du Libéria a fait installer un panneau pour célébrer le début des travaux. Depuis le futur attend toujours et le panneau est désormais presque dans le même état que l’hôtel.

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Les voitures de la mission ONU au Libéria (UNMIL) font depuis plus de dix ans maintenant partie du décor. Le départ de la mission est sans cesse discuté puis toujours reporté. La crise en Côte d’Ivoire (pays voisin) en 2010-11 a en effet amené son lot de réfugiés et désormais Ebola fait encore reporterle départ des fonctionnaires et militaires de l’ONU.

François Beaurain
www.fbeaurain.com