La première fois que j’ai visité l’Adrar, située au cœur géographique de la Mauritanie, c’était pour la Guetna, le fameux festival annuel de récolte de dattes dans la région oasienne. C’est le moment de l’année où les fils et filles de cette wilaya (région) célèbrent leurs villes et présentent tout ce qu’elles ont à offrir: architecture, art, cuisine, musique, histoire, etc. Je suis tombée sous le charme et affirme avec certitude que, selon moi, l’Adrar est la plus belle wilaya de la Mauritanie.

 

Avec ses 1 030 700 km² et ses 3 habitants au km², inégalement répartis, la Mauritanie fait partie des pays à la densité les plus faibles. La sécheresse et la désertification ont causé l’accélération de l’exode rural au profit de la capitale, Nouakchott. Je ne ferais pas de surprise en disant que cette dernière ne fait pas justice à la beauté des contrées Mauritaniennes. Avec mon goût prononcé pour l’aventure et ma curiosité grandissante, mon premier objectif en revenant dans mon pays était de le connaitre plus en profondeur, j’ai donc commencé par Atar.

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (5)

Atar أطار

Atar est le chef-lieu de la région de l’Adrar; elle fait partie des 4 moughataas (départements) de la région. La ville aurait été fondée au XVIIème siècle, par la tribu Smacide. J’avais beaucoup entendu parler de cette ville si célèbre mais que peu de personnes de mon entourage avait visitée. Le patrimoine historique est non anodin; au début du XXème siècle, Atar a été la dernière poche de résistance à la colonisation française avec la fameuse bataille d’Amatil entre les forces du colonel Gouraud et la résistance patriotique. On peut en avoir un aperçu au musée d’Amatil qui a su conserver les aspects de cette bataille ainsi que l’histoire de la résistance patriotique Mauritanienne face à la colonisation Française.

 

Les Atarois sont connus pour leur ouverture d’esprit, leurs bons goûts et leur hospitalité. Les femmes de la ville m’ont accueillie à bras ouverts comme une des leurs ; et ce, encore plus lorsque je leur ai appris que ma mère était native d’Atar et que mon Grand-Père, Colonel Dia, y avait servit. C’était alors une insulte de vouloir loger ailleurs que dans une des maisons familiales. A mon plus grand bonheur, car j’ai eu la meilleure expérience d’immersion possible. La nourriture y est remarquable: entre les Liblah (dattes rouges ou jaunes) servis à tout moment de la journée, le lekçour (plat à base de crêpes de céréales et légumes), le Aïch et le Tichtar (viande séchée), le traditionnel méchoui qui précède chaque repas et le délicieux Zrig à base de lait de chamelle, il est facile de prendre goût (et kilos) à la vie bédouine.

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (12)

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (2)

Durant la période estivale, les températures grimpent très rapidement, moment opportun pour se rafraichir à Terjit, une oasis paradisiaque, à 50 Km d’Atar. La fraicheur des palmeraies, les falaises abruptes et l’eau qui ruisselle le long des parois rocheuses en font un bout de paradis fortuit.

Chinguitti شنقيط

 

Je suis partie pour Chinguitti au cours d’un autre voyage planifié avec des amis, à l’occasion du festival des villes anciennes, prévue chaque année entre Décembre et Janvier. Ce dernier m’intéressait, mais j’admettrais que c’était surtout un prétexte pour une autre balade dans la région. Chinguitti est la 7e Ville Sainte de l’Islam, célèbre pour sa belle mosquée au minaret chapeauté de 5 œufs d’autruches. La première chose qui a attiré mon attention est la construction, essentiellement en pierre, et banco de couleur ocre des habitations. Les toitures sont réalisées à partir de troncs et de branches de palmiers dattiers. Les portes massives en acacia sont captivantes.

 

La ville est classée comme site du Patrimoine Culturel Mondial de l’Unesco depuis 1996.

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (4)

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (10)

Une autre caractéristique de la ville est le nombre de bibliothèques qui renferment de précieux manuscrits, certains datant du IXe siècle, traitant en majorité de religion et du Coran, mais aussi de science ou de littérature. La Bibliothèque Abbott était de loin ma préférée.

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (1)

Les habitants y sont accueillants, courtois et très disponibles. J’y ai senti un calme olympien et une sensation de légèreté indescriptible: entre les voix d’enfants récitant le coran et le chuchotement des femmes regroupées dans les maisons autour de la Barada à faire le thé, communément appelé attaya, une reconnexion à l’essentiel, parfois nécessaire et très plaisante.

 

Balade dans les ruelles de la ville, avec le marché central qui est logé dans une ancienne maison coloniale et discussions avec les bibliothécaires était à l’agenda de ma journée à Chinguitti. J’y ai mangé aussi bien qu’à Atar, les plats sont similaires et bien entendu chacune des villes se disputent l’origine des mets. Au risque de surprendre, en Janvier à Chinguitti, il fait aussi froid qu’à Boston (à quelques degrés près) avec le chauffage et le manteau en moins. Alors on se réchauffe comme on peut, la bouillie à base de mil servie le matin au petit déjeuner en est un excellent moyen.

 

En longeant les chemins de la ville j’y ai découvert deux auberges sympathiques : le Lodge du Maure Bleu et la Gueïla ; toutes deux tenues par des françaises. Décors soignés, attention au détail et authenticité, elles ont su conjuguer le charme de Chinguitti au confort dont on a parfois besoin lorsqu’on est loin de chez soi.

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (3)

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (9)

Ouadane وادان

A 93 Km de Chinguitti, se trouve Ouadane. Une architecture similaire avec pour seule différence les montagnes rocheuses; la plupart des maisons sont bâties dans les falaises. Pour visiter la vieille cité, qui est aujourd’hui quasiment abandonnée, il nous a fallu marcher et grimper pendant quelques heures afin de découvrir de ce bijou de ville : la rue des savants, les maisons de grands maitres religieux, des manuscrits conservées au milieu de roches et arrivée la haut, une vue admirable de la cité et ses quelques oueds. Sa vieille ville est également inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (7)

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (11)

L’auberge Vasque tenue par Zaïda est la référence dans le coin. Zaïda est remarquable; mère célibataire et femme travailleuse, elle a construit cette auberge contre la volonté de sa famille – qui trouvait que ce n’était pas un métier de femme. Avec Zaïda et mon amie Isabel comme guides, j’ai pu visiter la vieille mosquée, la palmeraie et la vieille ville. Les vestiges de la ville continuent aux alentours, avec le mystérieux Guelb El Richat qu’on appelle « l’œil de l’Afrique », qui est la météorite étudiée par Théodore Monod. Il y a également Tin Labbe, El Beyedh et le Fort d’El Ghallaouya, le tout dans un rayon de 80 km.

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (8)

J’ai fini le voyage avec une escale à l’Oued Seguelil, un autre petit coin de Paradis sur la route du retour à quelques km d’Atar où on a fait une pause repas avec quelque méchoui de chameau et de l’Aïch. Après les 3 verres de thé coutumier, nous avons repris la route.

www.visiterlafrique.com ladrar mauritanie (6)

Chaleur humaine, richesse culturelle et artistique, architecture incroyable. Un voyage spectaculaire au pays Maure qui m’a fait découvrir un autre visage de chez moi, qu’on ne montre pas forcément dans les livres ni à la télé, mais qui vaut le détour.