Yazagie Emezi est une artiste dans l’âme: un coup de crayon, un appareil photo et un oeil créatif, voilà ce qui fait sa touche Yagazie. Elle est souvent très souvent citée dans les palmarès des comptes instagram qui se sont donnés pour mission de changer l’image de l’Afrique à travers des photos fortes. Rencontre avec l’artiste.

 

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis une photographe documentaire et « curator » basée à Lagos, au Nigeria. D’autre part, j’aime créer des dessins animés et des vidéos « coup de gueule ».

 

Comment vos études sur l’anthropologie culturelle et les études africaines influencent votre travail en tant que photographe ?

Étudier l’anthropologie culturelle et les études africaines ont élargi mon point de vue sur l’Afrique. Oui, j’ai grandi au Nigeria, mais mon point de vue sur l’Afrique se limitait à mon pays. C’est ironique de se dire que j’ai dû quitter mon pays afin d’en apprendre plus sur celui-ci et ses voisins. C’est à travers mes études que j’ai compris l’importance de la préservation des cultures à travers les récits. J’utilise les photos comme une forme de narration, des images que je garde dans l’espoir de conserver ce que nous avons actuellement et ce que nous perdrons peut-être un jour.

 

Photographe, dessinateur, vous êtes un artiste complet. Dites-nous en plus sur votre travail?

Être un photographe indépendant à Lagos me donne beaucoup de liberté pour les voyages et les aventures. J’ai la chance d’entendre des histoires incroyables sur la persévérance humaine et je travaille avec d’autres talents créatifs. Mon travail est imprévisible. Il y a des jours où je peux me trouver poussiéreuse et à transpirer dans les rues, serrant mon appareil photo tout en étant bousculée de tous les côtés et il y a des jours où je me retrouve dans des environnements tellement luxueux que je me demande si c’est réel. Mon travail me donne une grande satisfaction parce que je suis exposée à toutes sortes de comportements humains et qui, en quelques sortes, me façonnent aussi. Mes dessins animés me rendent heureuse parce qu’ils ne manquent jamais d’apporter des sourires aux gens et ça me suffit. Je viens de terminer un livre pour mes dessins et j’ai hâte de le partager quand le moment sera venu.

 

Concernant à votre retour à Lagos? Hasard? Nécessaire ou preuve?

Mon retour à Lagos était absolument nécessaire. Ce n’était pas bien organisé et j’ai subi les conséquences d’arriver dans une nouvelle ville sans plans, mais je ne regrette rien. Pendant mes études aux États-Unis, l’objectif a toujours été de rapporter de l’espoir et contribuer d’une certaine façon au Nigeria. L’industrie créative est une partie importante, mais méconnue au Nigeria. En réussissant à vivre une vie de créativité, nous changeons la perception des créatifs en Afrique.

Comment pouvez-vous décrire la créativité africaine ?

Je la décrirais comme une créature vivante gigantesque éparpillée sur tout le continent. Elle est constamment en train de se reproduire et touche à tout, personne ne se sent délaissé.

 

Qui sont vos photographes africains préférés ?

Andrew Esiebo, Mambu Bayoh, Joana Choumali

 

Comment était le Festival de Photo de Lagos ?

C’était impressionnant de voir les œuvres de tant de créateurs et leur prise unique sur la vie et leur art. Le point culminant c’était d’avoir l’équipe Instagram venir avec certains photographes dont j’admire le travail depuis un certain temps. Ce fut un échange d’expériences et d’art à travers les cultures.

 

Vous aimez voyager. D’où pensez-vous que vous vient cette passion?

Mes parents ont beaucoup voyagé pendant leur jeunesse. Avec mes frères et sœurs, nous avons grandi en écoutant leurs histoires et en voyant les photos de lieux que nous pouvions seulement rêver visiter un jour. Mes parents voulaient que nous voyagions beaucoup et que l’on soit éduqué sur le monde en dehors de notre environnement et nous avons appris à vouloir ça pour nous-mêmes.

 

Comment décririez-vous Lagos à quelqu’un qui n’est jamais venu ?

Lagos est un maelström de personnes qui luttent pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches, et ils sont nombreux. Vous avez des gens de différentes cultures et de milieux socio-économiques qui vivent leur vie tout autour de vous. Vous pouvez sentir l’énergie et l’empressement et il est facile de se laisser submerger ici alors soyez prêt !

 

Les secrets pour naviguer dans les rues de Lagos ?

Juste être vigilant et conscient de votre environnement. Je pense que c’est un trait que tout le monde devrait avoir avec soi même, peu importe où nous soyons dans le monde.

 

  • Votre restaurant favori quand vous êtes à Lagos ?
    Terra Kulture sur l’île Victoria.
  • Où aimez-vous sortir avec des amis? Mes amis et moi avons beaucoup de soirées films autour d’un verre de vin, mais notre seule activité extérieure serait d’aller prendre un café à Art Cafe qui est un espace très chaleureux et convivial pour se relaxer.
  • Où allez-vous pour faire de l’exercice ? À la maison. Les salles de gym sont ridiculement chères et les moins chères sont trop loin. J’aime faire des économies ! Lagos me rend assez active !
  • Les conseils pour obtenir la véritable expérience locale ? Ne demandez pas une chose «locale» à faire! Il suffit de marcher dehors et vous immerger. La plupart de ce qui est autour de Lagos est le vrai Lagos comme vous le voyez, des bars torrides aux hôtels fastueux, c’est ça Lagos et tout est local.

 

Votre journée idéale à Lagos?

Cela peut sembler terriblement ennuyeux, mais ma journée idéale serait une journée productive passée à travailler et voyager pour mes projets de photographie.