This is Nigeria, un pays aux milles facettes étouffé par un discours médiatique focalisé sur l’insécurité et les tensions intercommunautaires. Pour autant le pays est bien plus complexe qu’il n’en paraît. En changeant d’angle on observe un géant qui s’impose en tant que puissance économique africaine, avec la plus grande population du continent, tout en abritant une mosaïque ethnique qui évolue en préservant une culture et des traditions authentiques.

 

1 africain sur 4 est Nigérian ! en tant que ouest-africaine on se sent naturellement à la maison. Installée au Nigeria depuis quelques mois, je profite de l’occasion de la célébration de l’Eid el-Kabir, pour partager l’UNE des raisons pour lesquelles je suis tombée amoureuse de ce pays.

Le Nigeria post-colonial a conservé dans ses provinces des chefs traditionnels qui, même s’ils n’ont aucun pouvoir légal, inspirent respect et loyauté. Le Durbar est donc célébré à la fin du Ramadan, Eid el-Fitr, et au début du pèlerinage à La Mecque, Eid el-Kabir. Dans le nord du pays, le Durbar remonte à 500 ans lorsque les chevaux étaient utilisés pour protéger l’Emirat. Chaque ménage noble devait défendre l’Emirat en formant un régiment.

Une fois par an, les régiments se réunissaient pour un défilé militaire afin de démontrer leur allégeance à leur dirigeant, en mettant en valeur leur accoutrement équestre, leur disponibilité à la guerre et leur loyauté. Aujourd’hui, le Durbar est toujours l’événement incontournable pour la population du nord du Nigeria mais ce festival est également l’occasion d’inviter des chefs d’État en visite, corps diplomatiques et autres curieux pour une découverte de la culture du nord Nigeria.

Kano States Durbar fut particulièrement impressionnant, Kano étant une ville historique, l’un des plus anciens hub commercial transsaharien et aujourd’hui la plus grande ville du nord du Nigeria. Le Durbar ou Hawan Sallah comme on l’appelle localement est un défilé royal de milliers d’hommes sur des chevaux ornés de vêtements et d’insignes. C’est un étalage coloré de culture pleine de faste et d’apparat. Un concert traditionnel spectaculaire et un bazar de musiques traditionnelles. Des turbans violets, des épées métalliques brillent au soleil, des femmes vêtues de robes royales passent. Il commence par des prières, suivis d’un défilé de l’Emir Sa Majesté Royale Muhammad SANUSSI II et de son entourage à cheval, accompagné de musiciens, et se terminant au palais de l’Emir.

Comment exprimer l’émerveillement face à cette magie illustrant le poids de la conservation des traditions? L’émirat de Kano investi dans sa communication afin d’attirer l’attention sur ses trésors. L’Emir lui même, Muhammad Sanusi II, ancien gouverneur de la Banque Centrale du Nigeria se revendique comme progressiste et « musulman du XXIe siècle » et ne supporte pas de voir le nord du Nigeria figé sur l’image de la pauvreté et de la menace terroriste. Il y a donc une véritable promotion de la culture du nord à l’occasion du Durbar afin de faire évoluer le discours sur le Nigeria.

 

On réalise donc la grandeur de notre continent, ses facettes, sa diversité mais surtout sa beauté. L’émotion ne se contient plus lorsque l’histoire médiévale africaine se forme et s’illustre devant nos yeux avec une touche contemporaine qui ne cesse de nous rappeler l’importance de s’approprier son histoire. Que celle-ci ne soit plus contée par la bouche de celui qui nous a réduit sous diverses formes mais celui qui s’est battu pour préserver l’essence et l’histoire de son existence. Une fierté que je souhaite communiquer à tous les amoureux d’Afrique mais ceux également qui se battent tous les jours pour valoriser le continent non pas pour plaire mais parce qu’ils ont vu, vécu et compris que rien ne vaut la richesse du continent Africain.

©ajayi_phillip

Selon moi ce n’est que la continuité des idées fortes de l’Afrique et ses têtes couronnées, nos rois, empereurs, reines, princes et princesses qui sont tous descendants de familles nobles et qui ont fondé des royaumes, des empires et des Etats-nations qui ont inspiré le monde entier. C’est l’Afrique qui me fascine et qui me fait fantasmer car c’est celle qu’on tente de minimiser. La voilà, elle est grande, elle est riche, elle est magnifique. Note importante pour la diaspora africaine car ce sont des valeurs ancestrales des peuples africains qui nous permettront de restaurer la conscience historique car il n y a pas d’unité sans mémoire.

 

C’est le Nigeria que je vois, que je vis et que je souhaite partager avec vous.

©ajayi_phillip

Ne laissez plus les autres raconter votre culture et définir votre pays. Explorez et faites vous vos propres opinions. Prenez vos précautions mais ne débattez pas sur ce que vous ne comprenez pas. Cultivez-vous, racontez -vous, réappropriez-vous car en vous dépossédant vous laissez le droit à autrui décider de ce que vous êtes.