Peu voire très peu sont les personnes dotées du courage de nous contredire, nous, sérères* Fadiouthiens, si nous clamons haut et fort que Fadiouth est la plus somptueuse des îles du Sénégal.

Qui dit Fadiouth, dit Joal ! D’ailleurs, on verra souvent le nom composé Joal-Fadiouth. Joal, plus connu pour avoir vu naître le premier président du Sénégal et apôtre de la négritude, Léopold Sédar Senghor ou encore le champion de la lutte sénégalaise Yékini est une communauté établi sur le littoral. Fadiouth, quant à lui, plus petite (12 hectares contre 5 023 pour Joal) mais plus visité, est une île artificielle. Ces deux villages sont bordés par l’Océan Atlantique et se trouvent à 114 km de Dakar. Les mêmes familles sont retrouvées des deux côtés.

* Les Sérères (ou « Serer », « Sereer », « Serere », « Seereer») sont un peuple de l’ouest africain et essentiellement répertoriés au centre-ouest du Sénégal, du sud de la région de Dakar à la frontière gambienne. Ils constituent la troisième ethnie du Sénégal, en termes de nombre, après les Wolofs et les Peuls. Environ un Sénégalais sur six est d’origine sérère. On en trouve également en Gambie et en Mauritanie. Les Sérères constituent l’une des plus anciennes populations de la Sénégambie.

Visiter l'Afrique -L'île avec les ses deux ponts reliant le cimetière et Joal-Angélique Marguerite Berthe DIENE

Fadiouth ou l’île aux coquillages

Cet île, accessible grâce à un pont – pas des plus pittoresque, comme celui que les touristes auraient pu emprunter avant 2005 mais mieux structuré, moins affolant et «magnifié», aujourd’hui, par les traces que veulent bien laisser les chevaux et les ânes, seuls «moyens de communication» autorisés dans l’île et qui ne gênent aucunement les jeunes qui s’y donnent rendez-vous les soirs d’été pour discuter – est dite «reine du royaume de Fasna et est une des plus grandes passes pour traverser la lagune Mama Nguedj, une des portes de la Petite Côte*. Cette dernière est la zone côtière du Sénégal et est au sud de la capitale, Dakar.

Avec un sol au blanc éclatant, il est quasi impossible de marcher sur cette île sans se faire remarquer et encore moins, s’il s’agit d’un étranger qui fera échapper une petite lamentation. Les femmes du village étaient – et le sont toujours, d’ailleurs – à l’origine de cette couleur centenaire. En effet, elles conservaient les coquilles des coques afin de les parsemer dans la rue ; ce qui a engendré l’appellation «sable au blanc éclatant» même si c’est le nom «île aux coquillages» qui remporte la palme de la renommée.

*La Petite Côte s’étend sur près de 70 km au sud-est de Dakar, entre Rufisque et Joal Fadiouth. C’est un beau panorama de plages immaculées et, par endroits, de terres recouvertes de coquilles d’huîtres et de palourdes, comme sur l’île de Fadiouth.

Visiter l'Afrique -Le sol fadiouthien-Angélique Marguerite Berthe DIENE

Les origines de l’île

Fadiouth est un havre de paix et de … traditions parmi lesquelles celle des batteurs de tambour qui narrent dans la langue locale : le sérère, des récits anciens dont celui de la naissance de l’île. Selon eux, un certain Ndolane, enterré à la bordure de la mer et dont le tombeau a été, aujourd’hui, englouti par les eaux, est à l’origine de la création de Fadiouth. Toutefois, c’était sans compter l’intervention des historiens qui attribuent à un roi de l’ethnie des bambaras avec des origines sises à l’empire du Gabou le qualificatif de père-fondateur. Ce roi, du nom de Fadiara-Fadiouth, aurait fondé l’île vers le 13e siècle.

Visiter l'Afrique -Rencontre avec des vaches entre la route de Joal et Fadiouth-Angélique Marguerite Berthe DIENE

Marée … où te caches-tu ?

L’autre évènement de la nature à découvrir sur cet île de charme est, sans conteste, la disparition, oui la disparation, de la mer entre le milieu de l’après-midi ou le début de la soirée. En marée basse, effectivement, on assiste à une absorption complète de l’eau par la terre, pour le plus grand bonheur des jeunes garçons qui s’adonnent au jeu du ballon sur le littoral. La gente féminine aussi en profite pour aller débusquer les coques et huîtres qui se prélassent dans la terre. Je me rappelle encore des journées chaudes d’Août lorsque mes cousines m’amenaient chercher des «pagnes*» que l’on cuisinait, par la suite, avec du citron, de la moutarde, des oignons crus et du piment. Il nous fallait surveiller la remontée des eaux au risque de nous voir emprisonner.

 Visiter l'Afrique -Les greniers à mil sur pilotis-Angélique Marguerite Berthe DIENE

Fadiouth et son cimetière marin

Des tombes en coquillage seront la première chose que vous remarquerez lorsque vous foulerez le sol de ce cimetière marin. Par la suite, le mélange de noms musulmans et chrétiens vous frappera, sans aucun doute. Enfin, vous comprendrez que le dialogue islamo-chrétien qui est servi aux sénégalais devrait citer en exemple cette cohabitation que les fadiouthiens vivent depuis des années et des années au sein de l’île. Mosquée et église ont été construites par tous, sans distinction de religion.

C’est sur cette même île que reposent, entre autres, mes aïeux dont mon grand-père maternel ainsi que ma grand-mère paternelle mais également le premier missionnaire français mort au Sénégal. Un autre cimetière de cet envergure ne sera vu qu’en Casamance.

 

Une prédominance de catholiques

Saint François Xavier à Ndoffène, Santa Maria à Ndiaye-Ndiaye, Saint Raphael à Ngor Ndeb, Sainte Thérèse à Dioum, Saint Eloi à Ndionguème, Notre-Dame de Lourdes à Fassar … A chaque quartier, la statuette du saint ou de la sainte qui lui est dédiée. Encore une fois, cela montre la forte présence des catholiques (environ 95%) sur l’île.

Visiter l'Afrique -L'Eglise St François Xavier-Angélique Marguerite Berthe DIENE

L’art de vivre et de cohabiter

On se croirait dans la vieille France avec ces vieux qui ne rechignent pas à s’adonner au port du béret, de la chemise bien rentrée dans le pantalon et des sandales ! Les plus gourmands et les moins d’ailleurs, ne sont pas en reste. Il est très facile de déguster du porc grillé ou un couscous à la fadiouthienne accompagné d’une soupe de poissons ou du poisson séché. Même l’église n’en démord pas avec des célébrations en sérère, la langue parlée sur l’île, mais ayant une touche française du fait des chants et psaumes.

Cependant, il est très fréquent que ces individus abandonnent la modernité vestimentaire. Lors des «ngëls» (ou sabars sérères), ces rites traditionnels festifs durant lesquels quasiment tous les habitants se réunissent à la place centrale de l’île pour danser, ces derniers se parent de leurs tenues traditionnelles. Un «ngël» est souvent organisé par les classes d’âge à partir de l’âge de 20 ans et ce, tous les 5 ans, dans le but de nouer de nouveaux liens ou de solidifier les anciennes relations.

Visiter l'Afrique -Les vieux-Angélique Marguerite Berthe DIENE
Visiter l'Afrique -Une ruelle fadiouthienne-Angélique Marguerite Berthe DIENE

«Ngëls» … kesako ?

Non, il ne s’agit pas du rite traditionnel festif cité plus haut mais plutôt d’une assemblée locale. Aujourd’hui, une grande partie des habitants de l’île est confrontée à l’exode rural même si quelques membres issus des dernières générations résistent. Les plus vieux demeurent sur l’île et n’en sortent quasiment jamais. Ceux qui ont voulu quitter l’île pour des raisons économiques ou autres reviennent à la retraite. Tous se rencontrent, le plus souvent et ce lorsque la discussion est d’ordre générale, au plus grand «Ngël». De nos jours, les quartiers de Dioum ou Ndiaye-Ndiaye sont réputés être les plus anciens «Ngëls». Mon père et ma mère sont respectivement nés dans ces deux quartiers. Et le doyen masculin de l’île qui se prénomme Édouard vit à Dioum. Ce titre lui a valu un passage remarqué sur une chaîne télévisée sénégalaise. C’est avec une certaine fierté que je peux dire que ce n’est nul autre que le père de mon très cher et défunt père, Etienne. Ce dernier a toujours pris le temps et le soin, lors de nos visites sur l’île, de nous faire faire le tour afin de saluer une grande tante en entrant dans une maison pour ressortir chez un grand oncle qui vit dans une autre maison sans repasser par la rue et de nous présenter à tout le monde.

Visiter l'Afrique -Les vieilles dames lors d'un nguel-Angélique Marguerite Berthe DIENE

Entre rites et traditions

Mystique, secrets, lignées maternelles, génie … L’île rengorge beaucoup de mystères comme Moussamolonko, une île déserte et interdite avec sa forêt noire semblant impénétrable ou Mama Ndagne, un baobab imposant, âgé de plus de 600 ou 800 ans – les avis divergent –. On dit de lui qu’il protège et venge tout insulaire – dans et en dehors de l’île – même si chaque lignée maternelle se doit d’avoir son génie propre. La famille des Diakhanora, lignée maternelle qui est dépositaire d’un savoir ésotérique et dont est issue mon très cher et défunt père, de par son père, est en charge de tout ce qui a trait aux offrandes et autres à destination de cet arbre.

Visiter l'Afrique -Le baobab réputé être le plus grand du Sénégal, qui accueille des individus dans son tronc-Angélique Marguerite Berthe DIENE
Visiter l'Afrique -Mon père et son père, le doyen masculin de l'île-Angélique Marguerite Berthe DIENE

 

Angélique Marguerite Berthe DIENE aka Blacky Gyan