« Mansour ! Tu prends la semaine qui précède le 10 mai ! Je ne veux rien savoir ! Ne pose pas de questions, je m’occupe de tout ! Fais-moi confiance ! » C’est ainsi, avec ce SMS de Lydie, qu’est née, au mois d’avril, l’une des plus belles expériences de ma vie : brusquement ! Un périple de quatre jours au Maroc, 1400 kms en 4×4, avec comme point de chute le désert, l’emblématique Sahara. Jadis, j’avais évoqué le désert comme un rêve ; je comprends que la mémoire et l’initiative d’un femme sont sans commune mesure. J’ai découvert l’Afrique à travers le Sénégal, pays de mon père, en 1999. De son côté, Lydie a vécu son baptême africain l’an dernier, à l’occasion d’un voyage sur la terre de ses ancêtres paternels, en Égypte. Pour nous deux, le Maroc est une première.

Moi qui ai l’habitude de tout gérer et organiser dans les moindres détails, je m’en remets, une fois n’est pas coutume, à ma dulcinée qui est aussi cartésienne que je peux l’être. Comme prévu, un guide nous attend à Marrakech. Il nous accompagnera tout au long du séjour, ou plutôt du voyage… Un séjour que je vais vous conter.

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Mardi 2ème jour – Suite

Chaque chose a un prix, rien n’est gratuit, tout se mérite disions-nous précédemment. L’hospitalité de nos hôtes est fidèle aux coutumes africaines : polie, souriante, simple, généreuse et sincère. En totale adéquation, le Sahara, lui aussi, est très sincère envers nous, au sens de celui qui exprime ce qu’il ressent et ce qu’il pense vraiment, qui ne ment pas. Aucune forme d’hypocrisie de la part du désert. La chaleur est suffocante. Le vent se révèle aussi violent qu’agressif. N’importe quelle bourrasque peut balayer n’importe quel basketteur, n’importe quand. Le sable est chaud, très fin, et il s’incruste partout. Réfugiés dans notre tente aussi confortable qu’une chambre d’hôtel, à la recherche d’une réponse vestimentaire coordonnée à l’accueil du Sahara, dans des éclats de rire, nous plaisantons sur nos états d’âmes qui n’ont plus rien de téméraire : « Il y a quand même beaucoup de sable ! », « Le désert est vraiment splendide ! On peut partir maintenant, ça valait vraiment le coup de venir ! », « Nous aurions dû exiger la version « prestige » du Sahara : tempéré, sans vent, avec piscine ! ».

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Trêve de plaisanteries ! Parés avec les moyens du bord, en mode « contrefaçon touareg » certes, mais parés quand même, nous nous immergeons dans ce que nous sommes venus chercher : sable, dunes, horizon, paysage, silence, grandeur nature. Nous tentons d’immortaliser chaque vue, chaque regard, chaque ressenti par des photos, seuls, au milieu du mythe qu’est le Sahara. Les bédouins nous assurent que le vent tombera avec le jour. Effectivement, au fur-et-à-mesure que la luminosité baisse, l’obscurité naissante berce les dernières bourrasques. Il m’a été donné de vivre beaucoup d’émotions, jusque là, durant mes 36 années d’existence. En ce coucher de soleil, assis en « terrasse », alors que le calme et le silence nous envahissent, je donne un nouveau sens aux notions de paix et de tranquillité. Il est des choses qui doivent être vécues pour être comprises. L’âpreté du désert est repoussante voire ennuyante pour beaucoup. Dans cet environnement spartiate, ce crépuscule n’est autre qu’une manifestation du luxe, à nos yeux.

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Il fait noir. La quiétude est à son paroxysme. Comme si la sérénité du climat était insuffisante, nos hôtes allument des bougies déposées ça et là, à même le sable, avant de dresser la table pour le dîner. À en oublier Zagora le matin, l’arrivée tumultueuse dans le désert, l’accalmie du coucher du soleil ! Invitant chacun de nos sens, le repas, une fois de plus, est aussi somptueux que raffiné, qu’il s’agisse des couleurs, des bruits frétillants du tajine, des odeurs, des textures, des saveurs.

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À l’heure à laquelle il conviendrait de prendre place dans un salon pour regarder un bon film, avec Lydie, nous nous installons sur une dune, les yeux rivés vers le ciel. Dans le silence et la noirceur du désert, malgré nos efforts et nos outils, nous sommes incapables de capter l’atmosphère dans laquelle nous plonge la lune. Magique, irréel, surnaturel, unique, lunaire ! Le sable devient gris. Nos visages apparaissent en noir et blanc. La luminosité donne l’impression d’être dans l’espace, assis sur une planète. Ce soleil dans la nuit ne brûle pas les yeux ni n’engendre de chaleur excessive. Il suscite admiration, contemplation, paix et méditation. Impossible également de capturer les étoiles, toutes à portée de main. Et quelle sensation lorsque subitement, l’une d’entre elle tombe, comme si elle s’était décrochée du ciel. Je n’avais jamais vu d’étoile filante auparavant !

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Lydie est chrétienne, et je suis musulman. Cette quête de désert outrepasse un souhait d’aventure ou d’exotisme. Les paysages, les montagnes, le désert, le jour, la nuit, le soleil, la lune et les étoiles sont autant de chefs-d’œuvre que nos quotidiens citadins ont tendance à banaliser.

« Ainsi parle l’Éternel, qui a fait le soleil pour éclairer le jour, Qui a destiné la lune et les étoiles à éclairer la nuit, Qui soulève la mer et fait mugir ses flots, Lui dont le nom est l’Éternel des armées. » (Bible Jérémie 31:35)
« Que soit béni Celui qui a placé au ciel des constellations et y a placé un luminaire (le soleil) et aussi une lune éclairante ! Et c’est Lui qui a assigné une alternance à la nuit et au jour pour quiconque veut y réfléchir ou montrer sa reconnaissance.» (Coran Le discernement S25;V61-62)

La suite et fin de ce voyage au prochain épisode

Mansour Thiam