Chez nous, c’est déjà une habitude de faire du mois de mai le mois de la vadrouille. C’est ainsi qu’après les Seychelles, il a été question du Maroc. On aime bien le dépaysement radical, et bien garder, une dernière escapade avant les grandes vacances européennes, ça ne se refuse pas. Ma visite au Maroc a été courte, intense et teintée d’un soupçon d’opportunisme. Autrement dit, depuis notre arrivée au Kenya, j’attrape la moindre occasion pour rejoindre Mr Expat dans ses déplacements professionnels, à condition que la destination me tente et qu’on puisse prolonger le plaisir de quelques jours. Comme ce qui est pris n’est plus à prendre, j’ai tout de suite applaudi l’idée de m’envoler au Maroc fin mai.

 

Le Maroc, j’étais très excitée à l’idée de le visiter. J’ai vécu longtemps à proximité (de l’autre côté du détroit), et alors que j’ai baigné dans l’héritage arabo-musulman et profité des rapports culturels qui nous rapprochent, je n’y suis jamais allée. Impardonnable, quand j’y pense. Pendant toute une semaine, entre Casablanca et Fès, je me suis sentie proche de l’Espagne. Pourquoi ? Je ne saurais pas l’expliquer. C’est un sentiment qui n’a rien à voir avec la nostalgie, c’est plus cette sensation permanente d’être dans une ambiance connue, familière, spontanée. Très vite, j’étais comme un poisson dans l’eau.

Vue-sur-toits-Fès

Royal Air Maroc a ouvert fin mars 2016 une nouvelle ligne qui relie Casablanca et Nairobi en vol direct. Ce qu’on a accueilli comme une aubaine pour les déplacements professionnels vers l’Afrique du Nord depuis le Kenya, n’est en vérité qu’une damnation. Les vols sont annulés à 48h près, sans raison apparente. Le manque de fiabilité de la compagnie aérienne marocaine nous a laissés de glace. A nous, voyageurs ponctuels, et à tous les « pro » qui dès lors la boudent systématiquement. Fin mai, les choses ont donc mal démarré pour nous avec l’annulation du vol de Mr Expat ; quant au mien, je suis restée les doigts croisés jusqu’à la veille, sans savoir si j’allais décoller. Déjà au Maroc, je me suis laissé dire qu’au moment où vous achetez un billet d’avion avec la compagnie marocaine, vous avez une chance sur deux qu’il soit annulé ! Pas très rassurant, puisque ce que je croyais une exception semble être la règle. Un vrai mystère.

 

Mais le plus important à la fin : Maroc me voilà ! 😉

 

Après un petit temps d’acclimatation à Casablanca, la ville impériale de Fès (accessible en 4h30 par train direct depuis la gare de Casa voyageurs, car hors de question de refaire appel à Royal Air Maroc) a été notre choix pour passer quelques jours ensemble, sans réunions de travail ni ordinateurs interposés. On s’est baladés, on a profité du beau temps au Maroc, Monsieur a décontracté et moi, comme d’habitude, je finis par me faire le porte-parole de nos déambulations.

Minarte-médina-Fès

Il existe à Fès trois villes dans la ville : Fès la jeune, Fès la demi-vielle et Fès-El-Bali ou la vieille médina. C’est cette dernière que nous avons choisi de parcourir, et nous y avons logé également. Une fois dans le labyrinthe, il faut se préparer à user ses semelles.

Fontaine-Fès-zelliges Jeunes-filles-Fès

Dans la médina, l’enchevêtrement de ruelles permet à peine de s’écarter des autres passants et du passage des nombreux ânes servant, encore à présent, de moyen de transport de marchandises. Se balader à Fès-El-Bali, c’est parcourir un labyrinthe avec quatorze portes d’accès ! Après deux jours complets d’errance, à passer et à repasser dans les mêmes coins, devant les mêmes échoppes, magasins, jardins et fontaines, je ne savais toujours pas retrouver mon chemin. On s’y perd sans aucun effort. Moi, il m’a suffit d’un petit quart d’heure. Je parie que Thésée dans le dédale de la médina de Fès ne s’en serait pas tiré si victorieux. Et pour cause ! Fès possède la plus grande médina du Maroc mais aussi la plus belle, dit-on, pratiquement inchangée depuis le Moyen Âge. Pour ce dernier point, je témoigne, elle est très bien conservée et l’on croise un peu partout des travaux de restauration et de mise en valeur du patrimoine. Il faut dire que la manne d’expats ayant succombé au charme mystérieux de Fès, au point d’avoir tout quitté pour s’y installer, continue d’apporter son petit grain de sable à son essor touristique. Nombreuses sont les demeures ayant été restaurées et transformées en chambre d’hôtes à l’hospitalité exemplaire. Comme cela risque de faire un billet trop long, les riads, je préfère vous en parler dans une prochaine publication.

Ruelle-médina-Fès

A Fès, qui dit médina, dit cauchemar de l’agoraphobe***. Toute cette foule autour de vous ! Il y a de quoi perdre ses esprits. Par fortune, ce dédale de murs anonymes cache de jolies demeures, véritables havres de paix. Moins de deux heures de flânerie dans la médina, et je plaignais déjà les gérants des riads, comment est-ce possible de vivre au quotidien dans un tel bazar sans en perdre la tête, ni le sommeil? J’avais du mal à y croire, mais les riads ont bien tenu leur promesse : l’ébullition se tarit complètement dès qu’on traverse leurs portes. Ouf!

Dans-la-médina-Fès

Toutes ces maisons accolées les unes aux autres possèdent de magnifiques terrasses, aménagées avec beaucoup plus de goût et de confort pour ce qui est des riads tournés vers le tourisme. Sur les terrasses, on ne s’ennuie pas. Presque à notre insu, on se surprend à espionner l’intimité qui se déroule dans cette succession de petites niches communicantes, un peu comme on espionne ses voisins par la fenêtre. On voudrait presque enjamber les murs et parcourir la ville d’un toit à l’autre.

Médersa-Fès

La médina de Fès-El-Bali est réglée comme une horloge. Elle se réveille à 9h du matin et s’endort dès 9h du soir. Le vendredi, jour de la prière, les ruelles sont entièrement désertes. Le reste du temps, elle est vivante, bouillonnante, le passage des ânes chargés de marchandises reprend pour de bon. La couleur locale revient en force. Mais aussi, en grattant un peu sous sa surface, en se plongeant dans ses annales, on découvre la Fès-El-Bali porteuse de connaissance, la ville carrefour et l’exemple historique de tolérance religieuse et culturelle.

Rcif-médina-Fès

Moi je dis, qu’il ne faut pas avoir peur de s’enfoncer dans le cœur de la médina vers la place R’cif. A fur et à mesure qu’on laisse derrière nous les agoraphobes et les rabatteurs les plus tenaces, on constate qu’elle gagne en authenticité. C’est effervescent ! On ne vend plus les babouches, on les fabrique. On n’expose plus les chaudrons en cuivre, on les façonne. Nous sommes loin du souk, c’est ici que le plus intéressant se passe. On arrive ensuite aux vendeurs d’épices, de fruits secs, aux orfèvres, aux forgerons… Et puis, comme le plus naïf des voyageurs, on se heurte inexorablement à quelques rites de passage. Au fin fond de la médina, échanger devient de moins en moins évident puisque ceux qui rendent l’ambiance si dynamique parlent aussi bien le français que moi l’arabe. Le dialogue réussit néanmoins à se tisser à l’aide de grimaces, de sourires et de gestes. J’appelle ça, l’hospitalité.

Coucher-soleil-Tombeaux-Merinides-Fes

On ne peut pas quitter Fès-El-Bali sans en avoir fait le tour en voiture, ou s’arrêter (un vrai plus) à certains des points de vue situés à l’extérieur de la médina : le Borj Sud mais aussi les Tombeaux Des Mérinides, dans le nord. Depuis cette hauteur et la distance, la vue est splendide et l’on appréhende mieux l’étendue de la médina et sa situation particulière ; d’autant plus qu’au cœur du tohu-bohu, à coup de rabatteur et de passage d’âne, on y perd son latin !

Fès-vue-depuis-les-toits

On dit de Fès qu’elle est la nouvelle Marrakech. D’après mes impressions, j’ai du mal à déceler dans l’ancienne médina une quelconque envie de prêter cette même allégeance au tourisme de masse. Certes, Fès vit du tourisme, mais pas que. Avec ou sans nous, voyageurs de quelques jours, elle suit sa petite vie de médina avec ses vieillards qui font la manche, son artisanat, ses petits métiers, sa floraison de mosquées, ses minuscules boutiques, ses anciens foundouks, ses médersas, ses ânes mal-en-point et sa trifouillée de chats galeux.

Peaux-au-soleil-Fès

Artisanat-ceramique-Fes Babouches-médina-Fès Artisanat-Fès

 

Ce que j’ai aimé à Fès : la cuisine, les odeurs, l’architecture, l’artisanat… en un mot, tout. Parmi les conseils venus de tous les fronts, à l’annonce de mon départ pour le Maroc, il y avait le classique : « il faut impérativement que tu ailles à Marrakech ». Eh bien, non. C’est la ville de Fès que j’ai choisie. Car elle a du cachet sa médina, du vrai. Cette ancienne capitale royale, inscrite à l’UNESCO (la médina), est pour moi à l’image du zellige : on ne se fatigue jamais de parcourir ses formes et ses couleurs jusqu’à se laisser ensorceler par la géométrie enchevêtrée de ses formes.

Travail-du-curivre-Fès

Dans un prochain billet sur mon séjour au Maroc, je vous parlerai de la singularité des riads (le type de logement que nous avons choisi), mais surtout de ce que j’aime le plus : manger sur le pouce ! Mais vous, connaissez-vous Fès ? Ou avez-vous déjà rêvé de restaurer un riad dans une vieille médina ? Quelle est pour vous la plus belle ville que vous ayez visitée au sein du monde arabe ?

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***Petite note à l’attention de ceux qui auraient horreur de la foule. Les fameuses Tanneries de Chouwara viennent tout juste d’être restaurées. Au cours de ma visite en mai 2016, j’ai aperçu le nouveau site « impeccable » et qui semble fin prêt à redémarrer son activité. La restauration est superbe mais les nouvelles tanneries sont très loin des images que Yann Arthus-Bertrand a rendues mondialement célèbres. Leur charme millénaire s’est enfoui sous les enduits. C’est néanmoins pour la bonne cause : leur état de vétusté, de délabrement et de pollution au sein de la médina menaçait la sécurité des travailleurs et celle d’un savoir-faire millénaire.

 

Le site de Chouwara est la Mecque du tourisme à Fès-El-Bali, alors si le rabattage féroce ne vous emballe pas, sachez qu’il y a aussi les tanneries d’Ain Azleten à l’extrême opposé de la médina (celles que vous voyez dans mes photos).

Tanneries-Ain-Azleten-Fès-médina

Elles impressionnent moins, mais l’activité qui s’y déroule est la même. Hélas, le rabatteur étant un métier aussi honorable et répandu que celui de charpentier, coiffeur ou employé de bureau, vous saurez rapidement quand vous les accostez ;-). S’il vous arrive de vous égarer, comptez sur la rencontre « fortuite » avec un badaud (tiens ! bonjour, j’ai aussi de la famille en France…) qui se fera certainement un grand plaisir de vous y conduire pour quelques dirhams. Dites oui !