Chaque semaine, découvrez 3 livres, d’auteurs africains, sélectionnés par notre communauté.

« Ségou », de Maryse Condé

Maryse Condé est née en 1937 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Elle est née dans une famille de huit enfants. En 1953, elle part étudier au lycée Fénelon, puis à la Sorbonne où elle étudie l’anglais. Elle épouse Mamadou Condé, un acteur africain, en 1959. Ses études terminées, elle enseigne en Guinée, au Ghana et au Sénégal. Elle a été aussi journaliste à la BBC et en France. En 1981, elle divorce et épouse en secondes noces Richard Philcox, le traducteur de la plupart de ses romans vers l’anglais. Après de nombreuses années d’enseignement à l’université Columbia, elle partage aujourd’hui (2006) son temps entre son île natale et New York.

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Résumé : « Ségou » est un roman décrivant le lent suicide de l’empire bambara ayant la ville de Ségou pour capitale, sur deux siècles allant de la période esclavagiste jusqu’à l’arrivée des troupes coloniales françaises. Composé de deux tomes, Ségou – Les Murailles de terre (1984) puis Ségou – La Terre en miettes (1985), cette première saga africaine a rencontré le succès public. Elle mêle personnages et événements historiques aux péripéties d’une famille de fiction, dont la lente et multiforme décomposition annonce celle de l’Afrique libre.

Et voici le passage que Femi a souhaité partager : « Sous la supervision des Peuls, de petits groupes de tondyons (soldats du roi) entrèrent dans chaque maison de Ségou, traversant l’enfilade des cours jusqu’aux cases où s’abritaient les pembelés et les bolis (fétiches bambaras). Ils les ramenèrent au jour, puis les portèrent sur la place du Palais où avait lieu l’autodafé auquel présidaient […],des marabouts royaux. Un feu crépitant rongeât les poils, les écorces, les racines, les billots, les queues d’animaux qui les composaient. De tout les coins de la ville, les tondyons ramenaient  des moissons d’objects sacrés, brisant les pierres rouges qui représentaient les ancêtres et ne pouvait brûler. Puis ils s’attaquèrent au quartier des forgerons-féticheurs […].Les outils des grands ancêtres cachés dans des trous du sol, rappel des anciennes habitations souterraines des forgerons Gwona, furent tirés de leurs sanctuaires . Comme on ne pouvait enflammer le fer des houes, des pioches, et des haches que l’on trouvait dans les forges, on arracha le bois des manches, puis on traînât ces hommes saints sur la place où on les dépouilla des colliers de cornes d’animaux, des dents, de plumes et de feuilles qu’ils portaient autour du cou, ainsi que de leurs ceintures d’objets magiques. Ensuite on les força à s’agenouiller afin qu’un barbier rase leurs têtes vénérables. A chaque mèche de cheveux qui tombait, la foule amassée sur l’esplanade du palais faisait entendre un gémissement de douleur et de colère. »

« L’enfant noir », de Camara Laye

A-t-on vraiment besoin de présenter Camara Laye ? L’écrivain guinée est l’auteur du célè bre roman « L’enfant noir », son premier, paru en 1953. Un an plus tard, il signe « Le regard du roi ». Trois ans plus tard, en 1956, à l’époque où la Guinée s’apprête à devenir indépendante, Camara Laye retourne à Conakry et, jusqu’en 1963, occupe des fonctions importantes au ministère de l’information, avant de s’exiler définitivement au Sénégal devant la dérive dictatoriale du régime d’Ahmed Sékou Touré qu’il dénoncera en 1966 dans Dramouss, son dernier roman. Il est également l’auteur du Maître de la parole, un recueil de contes griots qui retracent la genèse du Mali.

"L'enfant noir", de Camara Laye

« L’enfant noir », de Camara Laye

Résumé : Considérée comme « l’un des textes fondateurs de la littérature africaine contemporaine », cette œuvre largement autobiographique a reçu le prix Charles Veillon 1954 et inspiré en 1995 un film du même nom, réalisé par Laurent Chevallier.

Et voici le passage préféré d’Andréa. « Le plus souvent on imagine dérisoire le rôle de la femme africaine, et il est des contrées en vérité où il est insignifiant, mais l’Afrique est grande, aussi diverse que grande.Chez nous, la coutume ressortit à une foncière indépendance, à une fierté innée ; on ne brime que celui qui veut bien se laisser brimer, et les femmes se laissent très peu brimer. »

« Demain j’aurai 20 ans », Alain Mabanckou

Alain Mabanckou est déjà apparu dans notre sélection hebdomadaire. C’est un écrivain et enseignant franco-congolais né à Pointe-Noire le 24 février 1966. Il a remporté en 2006 le prix Renaudot pour son roman Mémoires de porc-épic, dont un de nos abonnés vous parlait ici.

"Demain j'aurai 20 ans", Alain Mabanckou

« Demain j’aurai 20 ans », Alain Mabanckou

Résumé : Largement autobiographique, « Demain j’aurai vingt ans » est une peinture du Congo des années 1970-1980, avec en toile de fond la vague du communisme qui déferle sur plusieurs nations du continent noir au lendemain des Indépendances. Dans ces turbulences quelle peut-être la place d’une famille ordinaire comme celle du narrateur Michel qui a une dizaine d’années ? Le gamin regarde dans le détail la vie quotidienne. Son père adoptif est polygame : il a deux mères, maman Pauline, la mère biologique ; et maman Martine. C’est aussi la période de La Voix de l’Amérique qui distille sur les ondes les informations sur le Chah d’Iran, Idi Amin Dada, l’ayatollah Khomeini, la guerre en Angola etc. Un hommage est rendu à la littérature, mais aussi à la musique, avec notamment l’ombre de Georges Brassens et sa célèbre chanson « Auprès de mon arbre » que le narrateur écoute presque en boucle bien malgré lui.

Voilà le passage que nous fait partager Leslie. « Moi je cherche une autre route, ma route de bonheur, celle que je prendrai pieds nus, en plein soleil, même si le goudron me brûle. J’arriverai loin, très loin, là où toutes les routes du monde se croisent, là où on retrouve les gens qui nous ont quitté et qui n’ont plus le même visage comme lorsqu’on les avait connu sur Terre. (…) Quand je prendrai cett route du bonheur je saurai alors que j’ai enfin grandi, que j’ai maintenant vingt ans. »