Mon premier Nguon était comme un repas complet ; entrée, résistance et dessert. 3 plats dégustés en 3 jours. D’abord une entrée légère et fine sur un plateau de l’arrondissement de Foumban 3e. Un espace où se décline l’axe économique du Nguon. Toutes les grandes entreprises de divers secteurs y ont un stand. Les PME et les artisans ne sont pas en reste. La présence d’entreprises turques est remarquable. « La Turquie est le pays invité spécial du Nguon cette année », m’informe Idrissou, mon guide ☺ Comme avec tous les événements de ce type au Cameroun il y a un secteur « gastronomie » où il est possible de manger. Et de boire.

Je ne m’y attarde pas. Direction la tribune officielle d’où je compte vivre le « lancement officiel » du 545e Nguon par la ministre de la Culture. Je ne me plaindrais pas de sa ponctualité. Ma place dans la tribune, me permet de contempler l’Astre solaire allant se coucher derrière un massif montagneux. Pas l’ombre d’un nuage aigri pour troubler sa majesté. Juste quelques oiseaux l’accompagnant dans sa tanière… jusqu’à ce que la Nuit étende son sombre manteau sur la ville.

Cap sur le Palais royal pour assister à l’entrée des Mfonanguon. Une cérémonie interdite aux femmes. Mais d’abord, une escale Njapchë, spécialité de la cuisine locale. Puis ENEO, le fournisseur national d’électricité qui n’en fournit plus. Un orage s’y met aussi. Je n’aurai pas l’occasion de voir les Mfonanguon entrer au Palais ☹

Je rentre à l’hôtel et découvre que leur groupe électrogène, c’est juste pour les lampes. Les prises ne marchent pas. Je me plains et un gus s’en va me donner un cours d’électricité sur les alimentations triphasées. J’ai envie de lui dire : « mouf ! Tu mens ! » Ça ne sert à rien. Je préfère garder en mémoire la saveur de mon plat d’entrée et m’endormir avec ce bon souvenir.

Réveil paisible. Soleil lève-tôt. Re-Cap sur le Palais royal. Tenue exigée. Le public est orienté vers l’esplanade en face de l’entrée du palais. Il faut montrer patte-blanche pour passer. Ça bouscule. Idrissou réussi à me faire passer. Et je choisi de rester dans la cour, avec les photographes et cameramen. En costume et godasses en cuir sous le soleil. Ministres, ambassadeurs, DG, chefs traditionnels et autres invités occupent une partie des tribunes. L’autre partie est occupée par les membres de la cour, les membres des sociétés secrètes, les mères des sultans, les épouses du sultan… Je m’intéresse aux coiffures. Il y’en a de toutes sortes. Formes, couleurs, design… que de coiffures !

Le sultan, Ibrahim Mbombo Njoya fini par arriver et prend place sur le trône. A sa droite, sa sœur Rabiatou Njoya, cohéritière du trône. A sa gauche le Premier ministre du royaume. Le public va assister à une scène incroyable : le jugement du roi. Les membres d’une société secrète le « dépouille » de ses attributs de souverain. Il se tient debout. Sous le soleil. Enturbanné. Il n’est plus roi. En face, les mfonaguon ont pris place. Ils prennent la Parole, tour à tour. Ils s’adressent au sultan. Je ne comprends rien à ce qu’ils lui disent. Mais je me régale car c’est un spectacle d’art oratoire qu’envieraient certains avocats, procureurs et enseignants. Les mfonanguon maîtrisent l’art de la Parole. Ils s’expriment en Shepamöm. Exclusivement. Envolée lyrique, gestuelle… certains arrachent les applaudissements de la foule.

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« S’il y a plus de bons que de mauvais points, il est reconduit sur le trône. Sinon, il est destitué », m’explique Idrissou. Il me traduit quelques propos :

« Nous avons appris que le président de la République vous a nommé sénateur. C’est bien. Mais en quoi cela va-t-il contribuer au développement du Noun ? »

« Des gens à qui vous avez confié certaines responsabilités comme des exactions dans les villages. Ils arrachent des terres… mais vous ne les sanctionnez pas. Nous vous sanctionnons pour cette attitude »

Impassible. Le sultan écoute. S’asseoir ? Impossible. Il va écouter ces réquisitoires jusqu’au dernier. Ensuite, il est reconduit au trône. Il a deux ans pour répondre. Au prochain Nguon en 2016, on saura s’il s’est amélioré. Ou pas.

Le Sultan prend ensuite la parole. En français. Il achève son propos en ordonnant que 100 coups de fusils soient tirés pour marquer le soutien de son royaume à la guerre que mène le Cameroun contre Boko Haram.

Le premier coup de feu est tiré par le « Manji Toupanka » ; le chef d’état-major de l’armée du royaume. Il pose d’abord son fusil aux pieds du sultan. Celui-ci en piétine la crosse. Ensuite : boom ! La puissance de la détonation provoque quelques frayeurs dans le public. C’est dans ce concert de coup de feu que s’achève le plat de résistance.

Retour à l’hôtel. Rediffusion des galères de la veille. Sauf que cette fois, ENEO n’y est pour rien. Le plat de résistance était délicieux. Je ne laisserais pas ces gus-électriciens foirer ma digestion.

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Je suis réveillé par des cris. Je bondis et regarde par la fenêtre. Waouh !!! La chaussée est prise d’assaut par des gens aux accoutrements bizarres. Je descends voir ça de plus près. On dirait un concours de déguisement. Un air de carnaval. Sauf que, tous les participants sont armés : lances, sagaies, épées, machettes, haches…

« Nous allons à la guerre », m’explique-t-on. Une guerre symbolique qui consiste à marcher du Palais royal à l’entrée de la ville. Une distance d’environ 17KM. « En fait, le peuple Bamoun, comme un seul homme se tient derrière son roi pour défendre le royaume », poursuit mon guide. En plus des hommes, femmes, enfants, et vieillards sont de la partie. « Le sultan est passé vers 5h30. Tout ce monde va le rejoindre à l’entrée de Foumban. Et ils reviendront tous à pied », ajoute mon guide. La procession du des heures. Les « guerriers » rivalisent d’imagination et de créativité dans leurs costumes.

C’est aux environs de 10h que les défenseurs du royaume entament le chemin du retour. Chants, danses et cris sont au menu. Je m’installe à une vingtaine de mètre de l’entrée du Palais pour observer le spectacle. Il est presque 11h quand le sultan apparaît, Presque noyé dans la foule. D’un signe de la main il envoie des salutations à la foule. Avec son peuple, ils viennent de parcourir 34KM. En chantant. En dansant. En criant. Et dans des costumes carnavalesques. Quel dessert ☺

Vivement 2016 !

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Edouard TAMBA
Journalist/Blogger
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