Chaque année, 5 millions de musulmans se réunissent à Touba pour fêter le grand Magal. Comme cette année, je ne fêterais pas Noël avec mes proches, je me suis dit que c’était l’occasion parfaite pour découvrir d’autres traditions. Nous nous lançons donc, mon chauffeur et moi dans le trafic d’un matin dakarois pour rejoindre Touba. 2h30 de route annoncée. Juste un pneu à changer, un café à prendre et quelques personnes à saluer…Mais cela fait partie intégrante du voyage, non ?
A Mbacké, une demi-heure de piste avant Touba, nous arrivons enfin dans le vif du sujet. Le premier grand marabout du mouridisme (cette mouvance de l’Islam célébrée à Touba), Mame Cheik Ibrahima Fall a séjourné durant de nombreuses années et a fait construire une mosquée et une maison, aujourd’hui lieu de résidence des marabouts. Selon la légende, les colons auraient enfermés Mame Cheik avec trois lions, n’ayant pas mangé depuis trois semaines, pensant qu’ils mettraient à mort le marabout et tuerait la rébellion qu’il menait. Mame Cheik se lia d’amitié avec les lions et sut trouver les mots justes pour les convaincre de ne pas l’attaquer. Il est aussi dit que personne ne le connaissait, pas même sa mère, car même enfant, il n’avait pas besoin de son aide.

Sur-la-route-de-Mbacke

Peu avant Touba, mon taxi éteint la radio qui tournait jusqu’alors à plein volume, jette sa cigarette par la fenêtre. Dans l’enceinte de la ville, pas d’alcool, de cigarette ou de musique depuis 1986. Pas de police non plus, mais une milice aux ordres du marabout actuel. Dès l’entrée de la ville, le minaret se dresse, imposant, à la fin de la route principale. Cinq tours, représentant les cinq piliers de l’Islam. Construite en 1927, elle est en perpétuels travaux, chaque marabout se devant d’apporter sa contribution à l’édifice.

Au centre, le tombeau de Bamba, autour celui de ses fils. La visite est gratuite mais il vous faudra retirer vos chaussures et vous habiller selon le dogme mouride pour entrer dans la mosquée. Hommes et femmes se pressent pour prier devant chacun des tombeaux des marabouts (à genoux, mains ouvertes et tête contre le tombeau). Une fois la prière dite, on glisse une pièce au pied du tombeau. Je me prête au jeu.

pélerinage

La mosquée contient également des salles où l’on récite le Coran et une bibliothèque impressionnante de livres sacrés. Enfin, nous nous dirigeons vers le cimetière accolé à la mosquée. Les sénégalais les plus privilégiés y sont enterrés, près de leur marabout, mais pour 6 mois seulement. Les tombes sont donc ouvertes et recouvertes seulement de sable, pour laisser place aux prochains. Dur pour nous d’imaginer ce genre de traitement. Même si une petite pancarte reste.

Le-guide-et-un-religieux-se-recueillant

Après un déjeuner familial, nous reprenons la route vers Dakar. La visite fut courte et mes prières, comme jetées au tout venant, de tombeaux en tombeaux, pour tout voir, ne rien manquer.
Quelques jours plus tard, j’ai revu Pape, le jeune sénégalais qui m’avait conseillé d’aller à Touba. Chaque matin, en me levant, j’étais prise de vomissements, sûrement dû au plat de mouton et aux légumes peu bouillis. Pour Pape, il est sûr, c’est Touba qui chasse le mauvais œil qui planait sur moi…

Claudia Sailland de lesbaroudeurs.me

Photo de la mosquée : Jbdodane.