Samedi, 13h15, Dakar Plateau. Je m’en vais faire mes courses dans ce super marché où tous les prix sont quadruplés (sûrement à cause de l’importation, ndlr). Peu importe. En sortant du magasin, et vu la chaleur intense, je décide de prendre un taxi. Il y a en 10 qui passent, mais j’attends cette petite Peugeot derrière la voiture garée en double fil. Je monte, le chauffeur fume sa cigarette, il se retourne et me demande si cela me dérange. Je lui répond simplement « pas le moins du monde ». On avance lentement dans la chaleur de cette mi-journée. En lieu et place du tableau de bord qui indique les vitesses, se trouve la photo d’une femme. Je souris, c’est vrai que l’amour c’est bien plus important que les limitations de vitesse.

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Parce que mon apparence est plutôt européenne, malgré ma peau remplie de mélanine, et que mon accent est ô combien parisien il se retourne à nouveau et me demande « c’est bien Paris non ? ». Je lève la tête et je lui dis « Oui Paris c’est bien mais Dakar c’est quand même mieux, et puis, il fait chaud ici. » Il rigole puis rétorque « Oui mais la chaleur c’est dur ». Nous sommes en plein mois de novembre, il fait 35 degrés et si j’ai la chance de pouvoir bénéficier de la clim’ tout au long de la journée, ce n’est sûrement pas le cas de la plupart de mes compatriotes. Je lui répond alors « oui mais c’est bien la chaleur, en ce moment à Paris il fait très froid et j’imagine que c’est très dur pour toutes les personnes qui dorment dans la rue. »

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Nous sommes à un feu rouge, il se retourne, interloqué, presque outré « Il y a des gens qui dorment dans la rue à Paris ? ». C’est à mon tour d’être dubitative. Je regarde dans ses yeux, Je le regarde avec attention. Il doit avoir la cinquantaine passée puis je lui dis « bien sur il y a énormément de personnes qui dorment dans les rues à Paris et dans toute la France. » Il répète alors « il y a des gens qui dorment dans la rue en France…. » le feu passe au vert. Nous continuons à avancer doucement puis il continue « ce sont des sénégalais alors ». « Il y a sûrement des sénégalais, mais il y’a des gens de toutes nationalités même des blancs, des français, ce sont des sans-abris ou des immigrés, surtout en ce moment. »

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Un mendiant se penche à ma vitre qui est grande ouverte. Je n’ai pas de pièces, mais j’ai ce billet de 1000 FCFA que je comptais donner au taxi. Je lui tends, il me remercie longuement. 1000 FCFA. Ce n’est rien mais c’est beaucoup pour lui. Il s’éloigne et le chauffeur me dit alors « Vous avez fait une bonne chose aujourd’hui. » Je le remercie. Il chuchote alors « il y a vraiment des blancs qui dorment dans la rue à Paris… ». Je suis arrivée, je le paye puis je descend en réfléchissant à cette discussion. Me viennent alors les paroles d’Aznavour, la mélodie en tête je fredonne en ouvrant la porte « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil. »

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