On connaît le Mozambique de Maputo, les plages d’Inhambane, d’Ilha do Moçambique (un clin d’œil à celui a posté un magnifique billet sur cette ile sur le site de #visiterlafrique !), de Beira et de l’ile d’Ibo. Le Mozambique ne se limite toutefois pas à son littoral et à ses plages, loin de là !

Que dire alors du nord ouest du Mozambique, dans la Province de Tete, coincée entre le Zimbabwe, la Zambie et le Malawi ? Oui, on peut toujours se contenter de dire que c’est loin de l’océan. Cette région est pourtant la porte d’entrée du fleuve Zambèze au Mozambique, qui va ensuite se jeter dans l’océan indien au nord de Beira. Dans cette région méconnue du Mozambique, peuplée majoritairement des peuples Nyanja, Nyungue et Sena, trois spots méritent une attention particulière. D’abord la ville de Tete, principale agglomération de la Province et qui constitue une bonne « base » pour visiter la région, ensuite Angonia et enfin le « lac » de Cahorra Bassa. La ville de Tete est coupée en deux par le majestueux fleuve Zambèze, qui donne toute l’étendue de sa mesure (et de l’étendue de la ville) lorsque l’on prend un peu d’altitude:

Visiter l'Afrique - Picture 2 Moz Tony Diopodov 2015
L’entrée dans la ville se fait par l’unique pont (un second est en cours de construction, sachant que le pont de Tete est l’unique pont au Mozambique à traverser le fleuve Zambèze !), étroitement contrôlé par des militaires (et ils ne plaisantent pas). Il faut en plus s’acquitter d’un péage à chaque passage. En cas de bouchon, prendre son mal en patience et tenter de voir des hippos depuis la fenêtre de son véhicule !

Visiter l'Afrique - Picture 3 Moz Tony Diopodov 2015
Ce pont est un point stratégique de circulation, c’est en effet par Tete que passent les énormes convois de semi remorques (à l’allure USA) qui font la route depuis les ports de Maputo, Maxixe ou Beira pour pénétrer au Zimbabwe, en Zambie, puis dans toute l’Afrique centrale. Tete est aussi LA ville de la fameuse route qui relie Blantyre (Malawi) à Harare (Zimbabwe), ce qui crée de facto un important trafic et un fort brassage de populations. Anecdote au passage : j’étais moi-même venu par la route depuis le Malawi et, en passant le poste frontière de Zobué, je garde en souvenir cette phrase de mon collègue qui conduisait : je lui avais demandé si les gens conduisaient à gauche ou à droite au Mozambique et il m’avait répondu très sérieusement : « Ici ça dépend des gens, certains conduisent à gauche, d’autres à droite ! ». J’avoue avoir été pris d’un grand fou rire, tout en étant un peu inquiet vu la topographie locale !

Visiter l'Afrique - Picture 4 Moz Tony Diopodov 2015
Dans la ville de Tete, les traces de la guerre civile sont encore récentes sur les bâtiments et aussi dans les mémoires (elle dura plus de 9 ans de 1984 à 1992). Pendant la guerre civile, le « corridor » de Tete était d’ailleurs surnommé le « Gun Run ». Pour conjurer le mauvais sort, certains bâtiments administratifs – qui gardent encore pour certains des impacts des balles – ont été abandonnés et reconstruits ailleurs dans la ville, comme le bureau des douanes.

Visiter l'Afrique - Picture 5 Moz Tony Diopodov 2015
Tete offre tout ce qu’il faut d’hôtels, de restaurants et de bars. Historiquement, Tete est une ville éponyme de la région, car c’était un lieu de passage de tout le commerce africain et des commerçants musulmans s’y sont installés dès le XVème siècles. Cette mosaïque des peuples s’est récemment enrichie avec l’arrivée de nouveaux expatriés dans la ville (Brésiliens, Sud Africains, Chinois, Indiens, Russes…) : de nombreuses gisements ont été découverts et les mines à ciel ouvert ont fleuri – malheureusement, il faut bien le dire. Dans cette ambiance dominée par l’influence « portugo-brésilienne », passer la soirée dans un bar à écouter Seu Jorge en buvant un cocktail venu tout droit de Rio de Janeiro est donc tout à fait possible (voir courant) à Tete. Avec en plus un magnifique coucher de soleil sur le fleuve Zambeze : c’est aussi possible !

Visiter l'Afrique - Picture 6 Moz Tony Diopodov 2015
Petit inconvénient de la ville (il en faut toujours un), sa chaleur: il ne fait jamais en dessous de 40 degrés à l’ombre – les habitants de la ville se targuent d’ailleurs d’être la ville « la plus chaude du Mozambique » : la belle affaire ! Rajoutez un peu de la poussière des mines environnantes et la pollution due au trafic et vous m’en voudrez presque de vous avoir conseillé de vous rendre à Tete ! Nullement, ce sont de faibles contraintes au regard de ce qu’il y a découvrir dans la ville et autour !

Au sud est de la ville, il y a un axe majeur qui descend vers le Zimbabwe. S’arrêter manger à Changara est une bonne option. Il y a même une petite adresse tenue par un énergique brésilien qui n’est pas peu fier de vous montrer les deux pythons qui l’ont rendu, un temps, célèbre – il ne se fera pas prier pour vous montrer le vieux numéro de journal où il apparaît, avec ses deux serpents autour de lui… Depuis Changara, on peut admirer des paysages-carte-postale où la terre est presque jaune, ainsi que des scènes de vie magnifiques au milieu d’improbables canyons qui laissent entrevoir, à l’horizon, le Zimbabwe tout proche :

Visiter l'Afrique - Picture 7 Moz Tony Diopodov 2015

Visiter l'Afrique - Picture 8 Moz Tony Diopodov 2015
La chaleur et la poussière de Tete vous dérangent ? Besoin d’air ? Frais en plus ? Alors partons maintenant à 4 heures de Tete, à l’est, comme si l’on voulait rejoindre le Malawi, dans la région d’Angonia.

Visiter l'Afrique - Picture 9 Moz Tony Diopodov 2015
Sur la route, on peut parfois se sentir un peu seul, surtout en cas de crevaison :

Visiter l'Afrique - Picture 10 Moz Tony Diopodov 2015
La ville de Zobué est le meilleur endroit où passer la nuit dans la région et les hôtels sont de plutôt bonne facture (pas de palace non plus). De nombreux indiens s’y sont installés et ils tiennent plusieurs hôtels, restaurants et boutiques (comme à Tete d’ailleurs, où j’ai pu avoir de passionnantes discussions avec des commerçants gujaratis en jouant au billard). L’histoire est fortement présente à Zobué et des bâtiments construits par de nombreux missionnaires portugais sont encore debout :

Visiter l'Afrique - Picture 11 Moz Tony Diopodov 2015
L’hôpital de la région, avec lequel j’ai collaboré, fait figure de référence dans la région :

Visiter l'Afrique - Picture 12 Moz Tony Diopodov 2015
Il faut aussi se rendre sur le marché accueillant de Zobué :

Visiter l'Afrique - Picture 13 Moz Tony Diopodov 2015
Dernier spot que je conseillerais fortement à celles et ceux qui s’aventurent dans cette région méconnue du Mozambique : passer une journée (voir plus) autour du « lac » de Cahorra Bassa, à l’extrême nord de la province de Tete. Cahorra Bassa est avant tout la résultante d’un immense barrage hydro électrique sur le fleuve Zambèze.

Visiter l'Afrique - Picture 14 Moz Tony Diopodov 2015
Cahorra Bassa abrite une impressionnante faune et flore (en amont du barrage, of course), entourée de hautes montagnes qui vous font oublier que vous êtes à seulement deux heures de Tete.

Visiter l'Afrique - Picture 15 Moz Tony Diopodov 2015
Admirer les nombreux crocodiles, hippopotames et oiseaux en tout genre perché sur un bateau s’avère une très bonne option pour passer l’après-midi.

Visiter l'Afrique - Picture 16 Moz Tony Diopodov 2015
Sur le retour, le Ugezy Tiger Lodge (le même qui vous permettra de faire une ballade en bateau sur Cahorra Bassa) vous permettra de manger d’excellents poissons !

Visiter l'Afrique - Picture 17 Moz Tony Diopodov 2015
Voilà : plus d’excuses pour ne pas visiter la Province de Tete au nord ouest du Mozambique maintenant ! Plus d’excuses, d’ailleurs, pour ne pas visiter tout le continent africain !

Tony Diopodov